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Ménopause : une pause au milieu de la vie, non une date de péremption

The Conversation France · mis à jour il y a 20 j

L’ESSENTIEL La Journée mondiale de la ménopause, le 18 octobre, est l’occasion d’un retour sur une expérience longtemps passée sous silence. La philosophe Gloria Origgi (ENS-PSL) invite à la penser comme une transformation plutôt que comme un déclin.

Journée mondiale

La Journée mondiale de la ménopause, célébrée le 18 octobre, a été créée par la Société internationale de la ménopause (IMS) pour sensibiliser le public à cette étape de la vie féminine. Historiquement, la ménopause a été entourée de silence et de tabous, souvent perçue comme un déclin associé à la vieillesse. Aujourd’hui, cette journée permet de briser ces préjugés et de mettre en lumière les réalités médicales, psychologiques et sociales de cette période. Des personnalités comme l’actrice Naomi Watts ont contribué à populariser le sujet en publiant des ouvrages ou en participant à des projets artistiques, comme une comédie musicale ou une pièce de théâtre intitulée Menopause, actuellement jouée en France.

Génération active

La génération actuelle qui entre en ménopause est la première dans l’histoire à disposer d’un capital social et économique aussi élevé, notamment en Occident. En France, comme dans la plupart des pays de l’OCDE, l’âge de la maternité a reculé, ce qui signifie que les femmes abordent cette transition souvent avant que leurs enfants ne soient adultes. Ainsi, la ménopause n’est plus associée à la fin de la vie active ou à la vieillesse, mais à une phase située au cœur de l’existence. Cette période, qui s’étend sur une dizaine d’années (de 45 à 55 ans environ), mérite une meilleure compréhension, tant sur le plan médical que social.

Injustice épistémique

L’auteure, philosophe spécialiste en épistémologie et philosophie sociale, décrit une injustice épistémique subie par les femmes en période de ménopause. Ce terme, popularisé par la philosophe Miranda Fricker, désigne une situation où le témoignage d’un individu ou d’un groupe est moins crédible que celui des autres. Les femmes en climatère (période de transition vers la ménopause) rapportent souvent que leurs symptômes sont minimisés ou attribués à un vieillissement normal. Les avis médicaux contradictoires, notamment sur les traitements hormonaux, aggravent cette situation. L’auteure souligne que cette expérience collective révèle un manque de prise en charge adaptée, tant sur le plan médical que psychologique.

Expérience transformative

La ménopause, lorsqu’elle est comprise dans son sens large (incluant la périménopause et la ménopause), est une expérience transformative. Selon la philosophe américaine L.A. Paul, une expérience est transformative lorsqu’elle modifie profondément l’identité d’une personne, rendant difficile la reconnaissance de ses préférences et choix passés. Cette période, marquée par des changements hormonaux et neuronaux, touche non seulement le corps mais aussi la psychologie et la place dans la société. Plutôt que de voir la ménopause comme une perte, il s’agit de l’envisager comme une opportunité de repenser son existence et de se projeter dans l’avenir avec curiosité et courage.

Recâblage cérébral

Pendant la ménopause, la production d’œstrogènes, hormones essentielles à la fertilité, au cerveau, au cœur et à la masse osseuse, se dérègle. Ces hormones influencent également le sommeil, la libido, les articulations, l’équilibre, la mémoire et la régulation thermique. À terme, leur production cesse, entraînant des changements dans le corps et le cerveau. Selon la neuroscientifique Lisa Mosconi, auteure de La Ménopause commence dans le cerveau, certaines fonctions cognitives liées à la grossesse et à la maternité sont délaissées, tandis que le cerveau se réorganise pour développer d’autres aptitudes, comme le leadership ou l’empathie. Cette période n’est donc pas une dégradation, mais une réorganisation profonde.

Nouvelle liberté

Les stéréotypes associés à la femme ménopausée persistent, bien qu’ils aient évolué. Moins exposée au regard du désir, elle peut paradoxalement gagner en autorité et en liberté. Cette phase de la vie offre l’opportunité de repenser ses projets, y compris amoureux, sans les contraintes liées aux grossesses ou à la gestion d’un foyer. Avec une espérance de vie moyenne de plus de trente ans après la ménopause, cette période devient une pause au milieu de la vie plutôt qu’à sa fin. En parler davantage permet de mieux comprendre cette transformation et de la vivre comme une victoire sur soi-même, tant pour les femmes concernées que pour la société et la médecine.

Ce que ça pourrait changer

La question « Naît-on femme ou le devient-on ? », inspirée de Simone de Beauvoir dans *Le Deuxième Sexe* (1949), se pose différemment à l’aune de la ménopause. L’auteure suggère que l’identité féminine se construit à travers les expériences et le regard des autres. Ainsi, une femme de cinquante ans pourrait être considérée comme « plus femme » qu’à vingt ans, car cette période marque une nouvelle étape de réinvention. La ménopause n’est pas un point final, mais une *ponctuation* dans la vie, offrant l’occasion de s’inventer de nouveaux rôles et d’aborder la seconde moitié de la vie avec autorité, ironie et charme.

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