Élections législatives en Suède : un vote sur la normalisation de l’extrême droite ?
L’ESSENTIEL Depuis 2022, les Démocrates de Suède (SD, classés à l’extrême droite) soutiennent le gouvernement de droite en place, exerçant une influence majeure sur la politique migratoire, pénale et climatique du gouvernement de coalition. Le virage à droite n’a toutefois pas produit de dynamique électorale durable : les partis de la coalition actuelle sont devancés dans les sondages par ceux de la gauche et du centre.
Les Suédois élisent le 13 septembre 2026 leur Parlement, le Riksdag, ainsi que des conseils municipaux et régionaux. Ces élections surviennent après un virage politique majeur en 2022, lorsque les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna, SD), parti classé à l’extrême droite, ont abandonné leur isolement historique pour soutenir un gouvernement de droite dirigé par Ulf Kristersson, sans y participer directement. Ce soutien a permis la formation d’une coalition incluant les Modérés (Moderaterna, parti libéral-conservateur), les Chrétiens-Démocrates (Kristdemokraterna, KD) et les Libéraux (Liberalerna, L), formalisée par l’accord de Tidö (Tidöavtalet). Cette alliance, bien que fragile avec seulement 3 sièges de majorité au Parlement, a duré quatre ans et mis en œuvre des réformes majeures en matière d’immigration, de justice et de climat.
Fondés en 1988, les SD ont longtemps été marginalisés par un cordon sanitaire politique excluant toute collaboration avec les autres partis. Leur leader, Jimmie Åkesson, a cependant mené une stratégie de normalisation pour les rendre acceptables. En 2010, ils franchissent le seuil des 4 % nécessaires pour entrer au Parlement, puis progressent à chaque élection jusqu’en 2022, où ils obtiennent 20,5 % des voix, devenant le deuxième parti du pays. Cette progression a forcé la droite traditionnelle à rompre avec son isolement historique envers l’extrême droite pour former une coalition viable. Leur influence sur le gouvernement de Kristersson s’est traduite par des réformes strictes en matière d’immigration, comme une prime de remigration incitant les migrants légaux à quitter la Suède ou un abaissement de la majorité pénale à 14 ans.
Le gouvernement Tidö a mis en œuvre un programme marqué par trois axes principaux : la restriction de l’immigration, le durcissement de la justice pénale et l’abandon partiel des ambitions climatiques. En matière migratoire, il a instauré des mesures comme la prime de remigration (une compensation financière pour les migrants légaux quittant le pays) et des restrictions accrues pour l’obtention des permis de séjour. Sur le plan pénal, la majorité pénale a été abaissée à 14 ans, et les pouvoirs de la police ont été renforcés face à la hausse du crime organisé. Enfin, les objectifs climatiques ont été revus à la baisse, entraînant une hausse des émissions de gaz à effet de serre en 2024. Ces réformes reflètent à la fois l’influence des SD et un glissement plus large de la droite suédoise vers des positions autrefois associées à l’extrême droite.
Un phénomène marquant de ces quatre années est l’émergence d’un consensus entre les trois principaux partis suédois (les Modérés, les sociaux-démocrates et les SD) sur les questions migratoires et pénales. Par exemple, les sociaux-démocrates, dirigés par Magdalena Andersson, ont voté en faveur de 65 % des propositions gouvernementales sur l’immigration, adoptant une position plus stricte inspirée du modèle danois. Ce rapprochement s’est illustré lors de la polémique des expulsions d’adolescents (tonårsutvisningar), où des jeunes ayant grandi en Suède ont été menacés d’expulsion à leur majorité. Face à la mobilisation citoyenne, le gouvernement et les sociaux-démocrates ont finalement reculé, montrant les limites de ce consensus. La politique étrangère, en revanche, reste un sujet consensuel, avec un soutien unanime à l’adhésion de la Suède à l’OTAN, actée en 2022.
Malgré la mise en œuvre de son programme, la coalition Tidö peine à convaincre les électeurs. Depuis 2023, les partis de la coalition (Modérés, Chrétiens-Démocrates, Libéraux et SD) sont devancés dans les sondages par l’opposition. Les Libéraux, qui détiennent 4,6 % des sièges au Parlement, pourraient même perdre leur représentation pour la première fois depuis leur création en 1934, car leurs intentions de vote sont inférieures au seuil des 4 % nécessaires. Les Modérés et les SD enregistrent également des scores en baisse par rapport à 2022. Cette impopularité soulève une question : le virage à droite de 2022 a-t-il dépassé les attentes des électeurs suédois ? Kristersson a pourtant annoncé son intention, en cas de victoire, de former un gouvernement incluant directement les SD, une première historique.
Une défaite de la coalition Tidö ne garantirait pas pour autant une alternative gouvernementale claire. L’opposition, composée de quatre partis allant du centre à la gauche, reste profondément divisée. Le Parti du centre (Centerpartiet), libéral en économie, refuse de soutenir un gouvernement incluant le Parti de gauche (Vänsterpartiet), héritier du parti communiste, tandis que ce dernier exige d’y participer directement. De plus, le Parti de gauche a été ébranlé par des polémiques impliquant des candidats accusés d’antisémitisme ou de soutien au terrorisme, entraînant l’exclusion de plusieurs d’entre eux. Ces divisions permettent à la droite de présenter une coalition dirigée par Andersson comme radicale et instable. Les sociaux-démocrates, bien que toujours en tête dans les sondages, subissent aussi un recul récent, reflétant la difficulté de la gauche à proposer une alternative cohérente.
Les élections locales et régionales ajoutent une couche de complexité à ce scrutin. Depuis 2022, près de la moitié des 290 communes suédoises sont dirigées par des coalitions dépassant les clivages traditionnels, parfois pour écarter les SD. Cependant, ces derniers ont aussi réussi à s’intégrer dans des coalitions locales, participant à 39 d’entre elles après le scrutin de 2022. Cette normalisation progressive au niveau local contraste avec les tensions nationales. Le scrutin du 13 septembre ne déterminera pas seulement qui gouvernera la Suède, mais aussi l’ampleur de la transformation du paysage politique national. La formation d’un gouvernement stable après cette date semble incertaine, tant la fragmentation des blocs traditionnels (gauche vs droite) s’accentue.

