NapseflowNapseflow
Recherche

Qu’est-ce qu’un « bon » prof à l’ère de l’IA ?

The Conversation France · mis à jour il y a 2 j

L’ESSENTIEL L’identité des enseignants s’est construite sur la maîtrise de disciplines : maths, histoire, français, sciences… Mais être expert d’un domaine ne suffit pas à bien « faire apprendre » les élèves. Et l’intelligence artificielle change la donne.

Expertise disciplinaire

En France, l’identité des enseignants du secondaire repose principalement sur la maîtrise d’une discipline comme les mathématiques, le français ou l’histoire-géographie. Cette spécialisation s’acquiert dès l’université, où les futurs professeurs étudient une matière pendant plusieurs années. Leur formation professionnelle, notamment via un master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (MEEF), intervient ensuite. Cependant, être expert d’une discipline ne suffit pas pour garantir que les élèves apprennent efficacement. La didactique, qui étudie comment transmettre et faire acquérir des savoirs précis, et la pédagogie, qui concerne l’organisation des apprentissages et des relations en classe, sont deux compétences distinctes mais complémentaires. Pourtant, les enseignants se perçoivent souvent avant tout comme des spécialistes de leur matière, au détriment de leur rôle de pédagogue.

Temps d'apprentissage

Le système scolaire français est organisé autour de l’enseignant, considéré comme le principal transmetteur de savoirs, tandis que l’élève est souvent placé en position de réception passive. Or, le temps consacré à l’enseignement ne garantit pas un apprentissage effectif. Par exemple, expliquer un concept en cours ne signifie pas que tous les élèves le comprennent ou le retiennent. Une partie de l’apprentissage est donc reportée hors de la classe, via les devoirs ou les révisions à la maison. Plusieurs facteurs expliquent cet écart. D’abord, la pédagogie occupe une place limitée dans la formation des enseignants, qui peuvent estimer que leur rôle se limite à exposer clairement les savoirs. Ensuite, les programmes scolaires sont souvent trop chargés, ce qui pousse à privilégier la quantité de connaissances transmises plutôt que leur assimilation durable. Enfin, les élèves ont besoin de temps pour mobiliser ces connaissances, ce qui nécessite des répétitions, des retours sur les erreurs et des mises en situation.

Évaluation et hiérarchie

L’évaluation des élèves en France repose largement sur des notes et des moyennes, ce qui favorise la restitution immédiate des connaissances plutôt que leur mobilisation sous forme de compétences. Selon une analyse du Centre national d’étude des systèmes scolaires (Cnesco), cette approche désavantage les élèves qui ont besoin de plus de temps pour apprendre. Elle contribue aussi à créer une hiérarchie entre les élèves, souvent qualifiés de «bons», «moyens» ou «faibles». Cette hiérarchisation est renforcée par un phénomène appelé la «constante macabre», décrit par le professeur André Antibi. Ce concept désigne l’idée, souvent inconsciente, que pour qu’une évaluation soit crédible, elle doit inclure de bonnes, moyennes et mauvaises notes. Une classe où tous les élèves réussiraient pourrait ainsi être perçue comme le signe d’un enseignant trop indulgent ou d’un contrôle trop facile.

Évaluation formative

Pour faire évoluer les pratiques, l’évaluation devrait devenir un outil de progression plutôt qu’un simple moyen de classement. Cela implique de repenser le rôle de l’enseignant, qui ne se limiterait plus à transmettre des savoirs mais aussi à accompagner les apprentissages. Une évaluation formative permettrait d’identifier les lacunes des élèves, de comprendre leurs erreurs et de leur donner une nouvelle chance de progresser. Cependant, cette approche nécessite un changement profond dans la culture scolaire française, où la note et le classement restent centraux. Elle exige aussi que les enseignants disposent du temps et des ressources nécessaires pour mettre en place ces nouvelles méthodes.

IA et rôle de l'enseignant

L’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) bouleverse le rôle traditionnel de l’enseignant. Désormais, les élèves peuvent obtenir en quelques secondes des explications, des résumés ou même des cours complets via des outils d’IA. Dans ce contexte, l’enseignant ne peut plus se contenter d’être un simple transmetteur de savoirs. Son expertise disciplinaire reste essentielle pour sélectionner les contenus pertinents, repérer les erreurs des élèves ou contextualiser les informations. Cependant, elle doit être complétée par des compétences pédagogiques, critiques et éthiques. L’IA peut aussi être un outil pour soutenir l’enseignement, par exemple en automatisant certaines tâches répétitives ou en aidant à personnaliser l’apprentissage. Selon la Commission européenne, les usages de l’IA en éducation peuvent être classés en quatre catégories : enseignement, soutien à l’apprenant, soutien à l’enseignant et soutien au système éducatif.

Ce que ça pourrait changer

L’utilisation de l’IA en classe soulève des questions éthiques. L’enseignant doit développer une *éthique des usages de l’IA* pour l’intégrer de manière raisonnée dans ses pratiques pédagogiques. Cela inclut la formation des élèves à un usage critique et responsable de ces outils. L’objectif est de faire en sorte que l’IA serve les apprentissages sans remplacer l’autonomie de l’élève ou la liberté pédagogique de l’enseignant. Par exemple, l’IA peut aider à analyser les erreurs des élèves, mais c’est à l’enseignant de décider comment utiliser ces informations pour adapter son enseignement. De même, l’élève doit rester acteur de ses apprentissages, même avec l’aide de l’IA. Être un «bon» enseignant à l’ère de l’IA signifie donc articuler expertise disciplinaire, compétences pédagogiques et maîtrise technologique, tout en choisissant les usages les plus adaptés pour favoriser l’apprentissage de tous.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.