Emmanuel Marre filme la banalité du mal dans "Notre Salut"
Des les premières images, on sait que l’on voit un film historique pas comme les autres. Au festival de Cannes, « Notre Salut » d'Emmanuel Marre a fait l’unanimité et est reparti avec le prix du scénario..
Le film Notre Salut, réalisé par Emmanuel Marre, a remporté le prix du scénario au Festival de Cannes en 2026. Ce long-métrage, qui sort en salles le 30 septembre 2026, se distingue par son approche originale du cinéma historique. Contrairement aux films traditionnels sur la Seconde Guerre mondiale, il ne se concentre pas directement sur le nazisme, mais explore le régime de Vichy et l'idéologie pétainiste. Cette période, souvent réduite à une parenthèse sombre de l'histoire française, est ici traitée comme un système idéologique à part entière, avec ses propres mécanismes et justifications. Le film interroge ainsi la banalité du mal, un concept popularisé par la philosophe Hannah Arendt pour décrire comment des individus ordinaires peuvent participer à des actes immoraux sans nécessairement en avoir conscience.
Le rôle principal du film est interprété par Swann Arlaud, qui incarne Henri Marre, un petit fonctionnaire présenté comme un salaud ordinaire. Ce personnage représente un maréchaliste pur et dur, c'est-à-dire un partisan inconditionnel du maréchal Pétain, chef de l'État français sous le régime de Vichy (1940-1944). Le film dépeint Henri Marre comme un homme ordinaire, animé par un patriotisme mal placé et une adhésion aux valeurs du management autoritaire, typiques de l'époque. Swann Arlaud, acteur reconnu pour ses rôles complexes, apporte une dimension humaine à ce personnage ambigu, évitant de le réduire à une caricature de méchant. Le choix de cet acteur souligne l'intention du réalisateur de montrer la banalité de la lâcheté et de la compromission, plutôt que la monstruosité évidente.
Emmanuel Marre innove dans la représentation de l'histoire en adoptant une esthétique à la fois anachronique et documentaire. La caméra à l'épaule, collée aux personnages, crée une immersion qui donne l'impression que l'histoire se vit au présent. Cette technique, souvent utilisée dans les documentaires ou les films de fiction réalistes, vise à rendre les événements plus tangibles pour le spectateur. L'anachronisme, quant à lui, se manifeste par des éléments visuels ou sonores qui ne correspondent pas strictement à l'époque du régime de Vichy, comme des costumes ou des dialogues qui pourraient sembler modernes. Cette approche cherche à souligner les similitudes entre les discours du passé et ceux d'aujourd'hui, notamment ceux des technofascistes, un terme désignant des mouvements politiques mêlant technologie, autoritarisme et idéologies extrêmes. Le film suggère ainsi que les mécanismes de propagande et de soumission à l'autorité n'ont pas disparu.
Un aspect central du film est son travail sur la langue, révélant que le langage des idéologies autoritaires d'hier et d'aujourd'hui est souvent le même. Le réalisateur met en lumière des expressions, des tournures de phrases ou des concepts qui traversent les époques, comme la notion de salut national, de devoir ou de sacrifice. Ces mots, utilisés aussi bien par les partisans de Pétain que par certains mouvements contemporains, servent à justifier des actions ou à masquer des réalités brutales. Le film interroge ainsi la persistance de ces rhétoriques et leur capacité à normaliser l'inacceptable. Cette analyse linguistique s'inscrit dans une réflexion plus large sur la manière dont les régimes autoritaires utilisent le langage pour manipuler les masses et légitimer leurs actions.
*Notre Salut* est sorti en salles le 30 septembre 2026, soit près de trois mois après sa présentation au Festival de Cannes, où il a été salué par la critique. Le film s'inscrit dans un contexte où les questions de mémoire historique, de collaboration et de résistance continuent de diviser l'opinion publique en France. Emmanuel Marre, cinéaste reconnu pour son approche audacieuse des sujets historiques, propose ici une réflexion sur la responsabilité individuelle face à l'idéologie. Le casting inclut également Sandrine Blancke et Harpo Guit, dont les rôles secondaires contribuent à enrichir la narration. La sortie du film coïncide avec une période où les débats sur l'extrême droite et les dérives autoritaires sont particulièrement vifs, ce qui a pu renforcer l'intérêt du public pour cette œuvre.

