Grève à la tour Eiffel : qu’est-ce que le BAPS, ce mouvement hindou conservateur et nationaliste ?
A l’occasion de la visite privée de la tour Eiffel par une délégation hindoue du Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS), samedi 5 septembre, les femmes employées ont dû quitter temporairement leur poste, provoquant une journée de mobilisation des salariés..
Le Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) est un mouvement religieux hindou fondé en Inde au XIXe siècle. Il se présente comme une branche de l’hindouisme swaminarayan, un courant qui prône une interprétation traditionnelle et rigoriste de cette religion. Le BAPS est particulièrement connu pour son organisation structurée, ses temples imposants et son engagement dans des activités caritatives. Il est également proche du parti au pouvoir en Inde, le Bharatiya Janata Party (BJP), un parti nationaliste hindou. Le mouvement est dirigé par des figures spirituelles, dont le chef actuel, qui a visité la tour Eiffel le 5 septembre 2026. Le BAPS est souvent décrit comme conservateur en raison de ses positions sur les rôles sociaux, notamment la séparation stricte entre hommes et femmes dans certains contextes.
Le 5 septembre 2026, une délégation du BAPS, incluant son chef spirituel, a effectué une visite privée de la tour Eiffel à Paris. Cette visite a provoqué une polémique en raison d’une demande spécifique : les employées femmes de la tour Eiffel ont été invitées à quitter temporairement leur poste pendant la visite. Cette exigence s’inscrit dans les principes conservateurs du mouvement, qui prône une séparation des sexes dans certains espaces publics ou religieux. Les salariées concernées ont été mises au chômage technique pour la journée, ce qui a entraîné une grève des employés de la tour Eiffel le 8 septembre 2026. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a annoncé une enquête pour comprendre les circonstances de cette demande et ses implications.
L’affaire a suscité une vive réaction en France, notamment parmi les associations féministes et les syndicats. Le maire de Paris a qualifié la situation d’« inacceptable » et promis une enquête « dans les plus brefs délais ». La tour Eiffel, fermée pour la journée du 8 septembre en raison de la grève, a rouvert ses portes le lendemain. Cependant, le BAPS et ses positions conservatrices sont désormais sous les projecteurs, notamment en raison de son lien avec le parti nationaliste indien au pouvoir. Cette polémique illustre les tensions entre les valeurs laïques françaises et les pratiques religieuses conservatrices, même dans un contexte de visite culturelle.
Le BAPS est souvent associé au nationalisme hindou en Inde, un mouvement politique et religieux qui défend l’idée d’une identité nationale fondée sur l’hindouisme. Ce courant, porté par le BJP, est au pouvoir en Inde depuis 2014. Le BAPS, comme d’autres organisations hindoues conservatrices, est perçu comme un soutien à cette idéologie, bien qu’il se présente avant tout comme un mouvement spirituel. En France, cette proximité avec un parti nationaliste suscite des interrogations, d’autant que le BAPS est un acteur religieux influent, avec des temples dans plusieurs pays, dont la France. Son chef spirituel, lors de sa visite à Paris, a été accueilli par des fidèles locaux, ce qui montre l’ancrage du mouvement en dehors de l’Inde.
L’incident à la tour Eiffel met en lumière les défis posés par la laïcité française face à des pratiques religieuses étrangères. La France, pays laïque, interdit les discriminations fondées sur le genre ou la religion dans l’espace public, y compris sur le lieu de travail. La demande du BAPS, qui a conduit à l’éviction temporaire des employées femmes, a été perçue comme une atteinte à ce principe. Cette affaire soulève des questions sur l’adaptation des règles laïques face à des demandes religieuses spécifiques, surtout lorsque celles-ci émanent d’organisations étrangères. Elle rappelle également les débats récurrents en France sur la place des religions dans l’espace public et les limites de la neutralité de l’État.

