Funérailles de Ratko Mladić : le jeu politique d’Aleksandar Vučić
À Belgrade, les funérailles de Ratko Mladic, condamné pour génocide et crimes de guerre, ont rassemblé des milliers de personnes. Au-delà de la mémoire des guerres des Balkans, cet hommage révèle l’instrumentalisation du nationalisme serbe à des fins électorales et les ambiguïtés de l’UE..
Les funérailles de Ratko Mladić, ancien général serbe de Bosnie condamné pour génocide et crimes de guerre, ont rassemblé environ 16 000 personnes à Belgrade le 7 septembre 2026. Ces hommages s’expliquent par plusieurs facteurs. D’abord, Mladić incarne pour une partie de la population serbe, notamment des Serbes de Bosnie ayant la double nationalité, un symbole de résistance face à l’Occident. Ensuite, ces funérailles ont été marquées par une forte présence de l’État serbe, avec des honneurs militaires, bien qu’elles n’aient pas été officiellement organisées par l’État. Enfin, cet événement s’inscrit dans une stratégie politique plus large, visant à mobiliser une base électorale nationaliste tout en maintenant une image de respectabilité à l’international.
Aleksandar Vučić, président serbe issu de la droite nationaliste, utilise ces funérailles pour renforcer son pouvoir dans un contexte politique tendu. Après la tragédie de la gare de Novi Sad en 2024 et des élections législatives anticipées prévues le 25 octobre 2026, Vučić cherche à préserver son influence en se présentant comme un rempart contre les pressions internationales. Bien qu’il ne puisse plus briguer un nouveau mandat présidentiel, il mise sur la fonction de Premier ministre. En associant son image à celle de Mladić, il s’adresse à une base électorale nationaliste, tout en évitant une condamnation directe de l’État serbe. Cette approche lui permet de concilier deux objectifs : mobiliser ses partisans et maintenir des relations avec l’Union européenne.
Ratko Mladić a été condamné en 2021 par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis pendant la guerre de Bosnie (1992-1995), notamment lors du massacre de Srebrenica où plus de 8 000 Bosniaques musulmans ont été tués. Malgré cette condamnation, une partie de la population serbe continue de le considérer comme un héros national. Les funérailles ont ainsi révélé une fracture mémorielle : certains contestent la légitimité de sa condamnation, tandis que d’autres estiment que les crimes de guerre doivent être relativisés au nom d’une cause nationale. Cette division reflète les tensions persistantes autour de l’histoire des guerres des Balkans dans les Balkans.
L’Union européenne (UE) a réagi avec prudence aux funérailles de Mladić. Le Centre mémorial de Srebrenica a critiqué le manque de fermeté de Bruxelles, qualifiant la réponse européenne de « pure forme ». Pourtant, cette modération joue en faveur de Vučić, qui peut ainsi présenter la Serbie comme un pays résistant aux pressions extérieures. Dans le même temps, Vučić reste un partenaire clé de l’UE sur des dossiers stratégiques comme le Kosovo, l’Ukraine ou les contrats militaires. Par exemple, il a récemment acheté 12 avions de combat Rafale à la France pour un montant non précisé. Pour l’UE, ces collaborations économiques et militaires priment sur les questions mémorielles ou les droits de l’homme, ce qui limite toute condamnation forte.
L’adhésion de la Serbie à l’Union européenne, officiellement en cours depuis 2014, semble aujourd’hui peu probable. Ni Vučić ni les responsables européens ne semblent croire en cette perspective. Les négociations se concentrent davantage sur des accords économiques, comme l’accès aux ressources naturelles serbes ou des contrats d’armement. Vučić utilise cette dynamique pour renforcer son image de leader pragmatique, capable de défendre les intérêts serbes tout en coopérant avec l’Occident. Cette stratégie lui permet de maintenir un équilibre entre nationalisme intérieur et relations internationales, sans risquer de perdre le soutien de Bruxelles ou de ses alliés.

