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«Bismillah c’est les ténèbres»: pourquoi les lycéens français manifestent-ils avec des mèmes?

Le Devoir · mis à jour il y a 21 j

Les «batailles d’aura» font aussi partie du paysage de ces protestations..

Mèmes et manifestations

Les lycéens et étudiants français utilisent des mèmes et des slogans inspirés des réseaux sociaux lors de leurs manifestations et blocus, comme la phrase «Bismillah c’est les ténèbres» ou les «batailles d’aura». Ces expressions, souvent incompréhensibles pour les personnes extérieures au mouvement, servent à créer une communication interne. Selon Jean-Michel Berthiaume, docteur en sémiotique, ces codes permettent aux jeunes de s’identifier entre eux et de marquer leur appartenance à un groupe. Par exemple, reconnaître et utiliser ces mèmes est un signal d’appartenance, tandis que ne pas les comprendre peut indiquer une opposition au mouvement. Ces pratiques ne sont pas nouvelles : elles s’inscrivent dans une tradition de protestation où la culture populaire et l’humour jouent un rôle central.

Origine des mèmes

Le slogan «Bismillah c’est les ténèbres» provient d’une capture d’écran d’une conversation sur l’application Snapchat, où un utilisateur écrivait : «Bismillah c’est les ténèbres/C’est quand le blocus wallah mon frangin on vas tout casser/Met moi dans le groupe blocus Aicheck». Cette phrase, dépourvue de sens littéral, a été détournée par les manifestants pour critiquer la perception des forces de l’ordre à leur égard. Les jeunes l’utilisent pour souligner l’absurdité ou l’incompétence perçue des autorités, en transformant une tentative d’infiltration policière présumée en un outil de moquerie. Jean-Michel Berthiaume y voit une stratégie classique des mèmes : pointer les maladresses des figures d’autorité pour révéler leur ridicule.

Humour comme outil militant

L’humour et la dérision sont des outils militants récurrents chez les jeunes générations, comme l’a observé Jean-Michel Berthiaume. Ces pratiques permettent de créer un sentiment d’unité au sein du groupe et de renforcer la cohésion. Par exemple, les «batailles d’aura», des duels de charisme et de confiance très populaires sur les réseaux sociaux, sont reprises lors des manifestations pour affirmer une identité collective. Cette stratégie n’est pas limitée à la France : elle a été observée lors du Printemps érable au Canada en 2012, ou encore dans des pays d’Asie du Sud, où des manifestants ont utilisé l’iconographie du drapeau pirate du personnage Luffy de l’anime One Piece. Ces références, souvent incomprises par les adultes, deviennent des marqueurs générationnels.

Adoption par des figures publiques

L’adoption de ces codes par des personnalités publiques, comme la militante écologiste Greta Thunberg, renforce la légitimité et la visibilité du mouvement. Dans une vidéo publiée par le collectif Œil au beurre noir, Greta Thunberg termine son message par «Bismillah c’est les ténèbres» et des gestes associés aux «batailles d’aura». Pour Jean-Michel Berthiaume, ce geste équivaut à une reconnaissance des revendications des lycéens et à une adoption de leurs codes. Cela signifie que la militante comprend et soutient leurs méthodes de communication, ce qui peut élargir l’audience du mouvement et lui donner une portée internationale.

Ce que ça pourrait changer

Les mèmes et slogans utilisés par les lycéens français fonctionnent comme un système de communication fermé, selon Jean-Michel Berthiaume. Leur sens échappe souvent aux personnes extérieures au mouvement, ce qui crée une barrière entre *«eux»* (les manifestants) et *«les autres»* (les autorités ou la population non impliquée). Ce mécanisme permet aux jeunes de se reconnaître entre eux et de marquer leur opposition aux institutions perçues comme hostiles. Par exemple, une personne qui ne comprend pas ces codes peut être perçue comme faisant partie du groupe que les manifestants cherchent à contester. Cette stratégie renforce l’identité collective et la résistance face aux critiques externes.

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