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Généraliste

La tempête obligataire de M. Trump

Le Devoir · mis à jour il y a 1 j

Cette réévaluation devrait inquiéter quiconque est exposé aux actions, à l’immobilier, à la dette de longue durée..

Tempête sur les obligations

En septembre 2026, les marchés financiers ont connu une forte turbulence, notamment sur le marché des obligations (titres de dette émis par un État ou une entreprise, que les investisseurs achètent en échange d’un rendement fixe). Aux États-Unis, le rendement des bons du Trésor (obligations émises par le gouvernement américain pour financer sa dette) à 10 ans a dépassé 5 %, un niveau inédit depuis la crise des subprimes de 2007. Cette hausse s’explique par plusieurs facteurs : l’inflation élevée, la politique budgétaire américaine jugée insoutenable, et des tensions géopolitiques, notamment avec l’Iran, qui perturbent l’approvisionnement en pétrole. Le prix du gallon d’essence a également franchi 4 $US, alimentant les craintes d’une inflation persistante. Ces éléments ont créé un rééquilibrage des risques (ajustement des prix des actifs financiers en fonction des nouvelles incertitudes) et une prime sous-jacente (majoration du rendement exigé par les investisseurs pour compenser le risque accru).

Rôle de Trump et de la Fed

L’administration de Donald Trump joue un rôle central dans cette crise. Sa politique budgétaire expansionniste (dépenses publiques élevées) et ses interventions sur la Réserve fédérale (Fed, la banque centrale américaine) ont alimenté les craintes d’une perte d’indépendance de cette institution. La Fed a réagi en augmentant son taux directeur (taux d’intérêt fixé par la banque centrale pour influencer l’économie) de 25 points de base (0,25 %) en septembre 2026, une première hausse depuis trois ans. Cependant, cette décision n’a pas suffi à calmer les marchés, car les investisseurs restent sceptiques quant à la capacité de la Fed à résister aux pressions politiques. Les rendements des obligations à 2 ans (plus sensibles aux décisions de la Fed) et à 30 ans (plus sensibles aux risques géopolitiques) ont également atteint des niveaux élevés, respectivement 4,7 % et 5,34 %.

Lien pétrole-inflation-obligations

Une corrélation exceptionnellement forte (0,96 sur un mois) a été observée entre les prix du pétrole et les rendements des obligations américaines à 10 ans. Cela signifie que lorsque le prix du pétrole augmente, les rendements obligataires suivent la même tendance, car l’inflation (hausse générale des prix) s’en trouve renforcée. Cette relation s’explique par le fait que le pétrole est un intrant majeur pour de nombreux secteurs économiques, et sa hausse se répercute sur les coûts de production et les prix à la consommation. Nigel Green, PDG du groupe d’investissement deVere Group, souligne que cette dynamique crée une réévaluation majeure du risque (ajustement brutal des attentes des investisseurs) et une pression sur les taux d’intérêt à long terme, qui impactent les marchés financiers bien au-delà des obligations.

Dette américaine record

La dette publique des États-Unis a franchi la barre des 40 000 milliards de dollars américains en 2026, un niveau symbolique qui illustre l’ampleur des besoins de financement du gouvernement. Cette dette, combinée aux investissements massifs dans l’intelligence artificielle (IA) et à la politique budgétaire expansionniste, exerce une pression supplémentaire sur les marchés obligataires. Les analystes de la Banque Nationale notent que la dette américaine a augmenté moins que celle des autres pays du G7 (groupe des 7 grandes économies avancées), mais son poids reste disproportionné en raison de son volume. Cette situation alimente les craintes d’une prime de terme (majoration du rendement exigé pour les obligations à long terme en raison du risque accru) et d’une hausse prolongée des taux d’intérêt.

Impact sur les taux hypothécaires

La hausse des rendements obligataires a des répercussions directes sur les taux hypothécaires (taux d’intérêt appliqués aux prêts immobiliers). Au Canada, l’obligation de cinq ans du gouvernement canadien a atteint 3,65 %, un sommet en deux ans, en hausse de 70 points de base (0,7 %) depuis le début de l’année. Cette augmentation s’est traduite par une hausse moyenne de 60 points de base sur les taux hypothécaires fixes de cinq ans, tandis que l’écart entre les taux fixes et variables pour le même terme est également de 60 points de base. Les emprunteurs et les propriétaires sont donc directement touchés par cette hausse des coûts d’emprunt, qui peut freiner l’activité économique et l’investissement immobilier.

Perspectives des économistes

Les économistes sont divisés sur l’évolution future des taux d’intérêt. Vikram Rai, économiste principal à la Banque TD, estime que les rendements obligataires pourraient rester élevés plus longtemps en raison de facteurs structurels : une demande réduite de la part des investisseurs traditionnels, des émissions obligataires publiques et privées importantes, et une prime de terme plus élevée. Il anticipe une modération progressive de l’inflation et des prix du pétrole d’ici la fin de l’année, ce qui pourrait freiner la hausse des taux. Cependant, la Banque du Canada envisage une hausse de son taux directeur (actuellement à 2,25 %) lors de sa réunion du 28 octobre 2026, mettant fin à sept statu quo consécutifs. Les projections varient : certains économistes prévoient un taux à 3 % d’ici fin 2027, tandis que d’autres soulignent que des hausses en période de croissance économique faible sont rares.

Ce que ça pourrait changer

Les tensions géopolitiques, notamment avec l’Iran, jouent un rôle clé dans la volatilité des marchés. *Nigel Green* souligne que les chocs d’offre (perturbations de l’approvisionnement en pétrole) sont plus difficiles à gérer pour les banques centrales que les chocs de demande, car ils échappent à leur contrôle. La combinaison de facteurs géopolitiques et économiques rend les anticipations inflationnistes plus difficiles à prévoir et à atténuer. Aux États-Unis, où la croissance économique est plus solide mais où l’inflation reste élevée, la politique monétaire pourrait être influencée par les pressions exercées par l’administration Trump sur la Fed. Cette incertitude géopolitique ajoute une couche de complexité à la gestion des taux d’intérêt et des marchés financiers.

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