Table-ronde : l'Assemblée générale des Nations unies, miroir d'un monde en crise
La 81ᵉ session de l'Assemblée générale des Nations unies se déroule du 22 au 28 septembre 2026. Alors que le mandat du secrétaire général, António Guterres, s'achève à la fin de l'année 2026, quel en est le bilan ? À l'heure de sa succession, à quels défis l'institution doit-elle faire face ?.
La 81ᵉ session de l'Assemblée générale des Nations unies s'est tenue du 22 au 28 septembre 2026 à New York. Cet événement annuel réunit les 193 États membres de l'ONU pour discuter des grands enjeux mondiaux. Cette édition s'est déroulée dans un contexte particulièrement tendu, marqué par des conflits armés entre deux membres permanents du Conseil de sécurité (la Russie et les États-Unis) et l'absence remarquée du dirigeant chinois Xi Jinping lors de la visite officielle aux États-Unis. L'Assemblée générale sert de plateforme pour des discours et des négociations, mais son rôle est souvent limité par les rapports de force entre les grandes puissances. Le secrétaire général sortant, António Guterres, y a prononcé son dernier discours d'ouverture, soulignant une fois de plus le manque de respect des États pour les principes fondateurs de l'ONU, à savoir la promotion de la paix et de la sécurité internationales.
António Guterres a terminé son mandat de dix ans à la tête de l'ONU fin 2026. Pendant cette période, il a tenté de positionner l'organisation comme une vigie des crises mondiales, appelant systématiquement au respect du droit international et à la coopération entre les États. Son bilan est marqué par des alertes répétées sur l'urgence climatique, les inégalités économiques et les tensions géopolitiques, sans pour autant parvenir à inverser les dynamiques de conflit. Guterres a notamment dénoncé l'hypocrisie des grandes puissances, qui soutiennent verbalement l'ONU mais ignorent ses résolutions quand elles ne servent pas leurs intérêts. Son héritage inclut aussi des efforts pour moderniser l'organisation face aux nouveaux défis comme l'intelligence artificielle ou les crises énergétiques, mais les résultats restent limités face à la fragmentation du système international.
L'ONU fait face à une série de défis globaux qui dépassent les clivages traditionnels entre États. Parmi les principaux enjeux identifiés lors de cette session, on retrouve la lutte contre le changement climatique, la régulation de l'intelligence artificielle, la transition énergétique et la maîtrise des armements. Ces sujets, bien que consensuels en théorie, se heurtent aux intérêts nationaux et aux rivalités entre grandes puissances. Par exemple, les discussions sur le climat sont souvent bloquées par des désaccords sur les responsabilités historiques et financières entre pays développés et en développement. De même, l'essor de l'intelligence artificielle pose des questions éthiques et sécuritaires qui peinent à trouver une réponse collective. Ces défis illustrent la difficulté pour l'ONU de concilier souveraineté nationale et action collective.
La fin du mandat d'António Guterres en décembre 2026 ouvre une période d'incertitude quant à l'avenir de l'ONU. Son successeur devra relever un double défi : restaurer la crédibilité de l'organisation et adapter ses mécanismes aux réalités du XXIᵉ siècle. Les experts interrogés, comme Franck Petiteville (science politique) et Anne-Cécile Robert (journaliste et juriste), soulignent que la légitimité de l'ONU dépend désormais de sa capacité à répondre aux crises actuelles, qu'elles soient géopolitiques, environnementales ou technologiques. Cependant, le processus de désignation du nouveau secrétaire général reste opaque et influencé par les rapports de force entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), qui disposent d'un droit de veto. Cette situation interroge sur la capacité de l'organisation à évoluer dans un monde de plus en plus multipolaire et conflictuel.
Le Conseil de sécurité de l'ONU est l'organe exécutif chargé de maintenir la paix et la sécurité internationales. Composé de 15 membres, dont cinq permanents avec droit de veto (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), il est souvent paralysé par les divergences entre ces puissances. Lors de la session de 2026, la guerre entre la Russie et les États-Unis a illustré cette impasse, rendant impossible toute résolution contraignante. Les membres permanents peuvent bloquer toute décision en utilisant leur veto, ce qui limite considérablement l'efficacité de l'ONU. Cette session a également montré que les autres membres, comme la Chine, peuvent choisir de ne pas participer aux débats pour marquer leur désaccord, affaiblissant encore davantage la cohésion de l'organisation. Le Conseil de sécurité est ainsi devenu un miroir des tensions mondiales plutôt qu'un outil de résolution des conflits.
Face à ces défis, l'ONU est souvent critiquée pour son manque d'efficacité, mais elle reste un forum indispensable pour le dialogue international. Les experts soulignent que sa survie dépendra de sa capacité à se réformer, notamment pour mieux intégrer les pays du Sud global et les acteurs non étatiques comme les entreprises ou les organisations non gouvernementales. Des pistes de réforme incluent une redistribution des sièges au Conseil de sécurité pour refléter les réalités géopolitiques actuelles, ou encore une meilleure coordination avec les autres organisations internationales comme l'Union européenne ou l'Union africaine. Cependant, ces changements nécessitent un consensus entre les États membres, ce qui semble peu probable dans le contexte actuel de rivalités. L'ONU reste donc un symbole de l'espoir d'un monde plus coopératif, mais son avenir dépendra des choix politiques des prochaines années.

