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Société

Mais pourquoi la plupart des animaux migrent vers des régions plus chaudes à mesure que la planète se réchauffe?

Slate FR · mis à jour il y a 12 j

On pourrait penser que les êtres vivants cherchent davantage de fraîcheur avec le réchauffement climatique. Pourtant, de nombreuses espèces font exactement le contraire, ce qui intrigue les biologistes..

Migration paradoxale des animaux

Face au réchauffement climatique, les scientifiques prévoyaient que les animaux migreraient vers des zones plus froides, comme les pôles ou les sommets de montagnes. Pourtant, certaines espèces font le contraire : elles se déplacent vers des régions plus chaudes. Par exemple, les écureuils roux descendent des montagnes au lieu de les gravir. Ce phénomène, observé chez près de la moitié des espèces étudiées dans certaines régions, contredit les prévisions initiales. Les écologues, comme Steve Beissinger de l’université de Californie à Berkeley, ont d’abord été surpris par ces comportements inattendus. Cette migration à l’envers complique les stratégies de protection de la biodiversité, car les refuges climatiques sécurisés (zones fraîches destinées à accueillir les espèces vulnérables) ne correspondent plus aux besoins réels des animaux.

Facteurs climatiques complexes

Les variations de température ne suffisent pas à expliquer ces migrations paradoxales. D’autres facteurs comme les chutes de neige, les précipitations ou l’humidité jouent un rôle clé. Par exemple, certains animaux préfèrent la chaleur à l’humidité, ce qui les pousse à descendre vers des zones moins fraîches mais plus sèches. Dans le désert de Mojave (États-Unis), où les températures ont augmenté de 2°C en un siècle et dépassent désormais 45°C, les oiseaux ont fui, tandis que les mammifères comme les campagnols ou les rats se sont adaptés en se réfugiant dans leurs terriers pendant les heures les plus chaudes. Ces comportements montrent que le climat n’est qu’un des nombreux paramètres influençant les déplacements des espèces.

Interactions entre espèces

Le changement climatique modifie aussi les interactions entre les espèces, ce qui ajoute une couche de complexité. Inna Osmolovsky, écologue à l’université de Nouvelle-Galles du Sud en Australie, souligne que les scientifiques ont tendance à étudier les réactions des espèces de manière isolée, comme si une plante réagissait seule au climat. En réalité, les écosystèmes sont des réseaux d’interdépendances : une modification chez une espèce (comme un prédateur ou une proie) peut déclencher des réactions en chaîne chez d’autres. Par exemple, si une espèce de proie migre vers une zone plus chaude, son prédateur pourrait suivre ou, au contraire, disparaître faute de nourriture. Ces dynamiques rendent les prévisions encore plus difficiles.

Solutions de conservation

Pour aider les espèces à s’adapter, les écologues recommandent de relier les habitats entre eux. Cela permet aux animaux de se déplacer librement vers le nord, le sud, l’est ou l’ouest, ou encore en altitude ou en descente, selon leurs besoins. Monte Neate-Clegg, écologue à l’université de Californie, rappelle que la conservation repose depuis toujours sur une approche multidimensionnelle : protection des écosystèmes via des aires protégées, puis conservation ciblée des espèces menacées. Bien qu’il n’existe pas de modèle universel pour prédire les réactions des animaux, ces efforts restent essentiels pour préserver la biodiversité face au réchauffement climatique.

Ce que ça pourrait changer

Les comportements face au réchauffement climatique varient même entre populations d’une même espèce. À Yosemite (Californie), Steve Beissinger a observé que sur 28 espèces de petits mammifères, la moitié a migré vers les hauteurs, tandis que les autres sont restées sur place ou sont descendues. Ces différences s’expliquent par des facteurs locaux comme la disponibilité en nourriture, la présence de prédateurs ou l’impact de l’activité humaine. Par exemple, une population d’écureuils pourrait être contrainte de descendre si les ressources en altitude deviennent trop rares, même si cela signifie affronter des températures plus élevées. Ces observations soulignent l’importance d’étudier les espèces dans leur contexte local plutôt que de généraliser.

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