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Culture

"Visa pour l'image" : mort du fondateur et survie du métier de photojournaliste

France Culture - Savoirs · mis à jour 3 sept.

Le festival "Visa pour l'Image" ouvre sa 38ᵉ édition sous le choc de la mort de son fondateur Jean-François Leroy, alors que le photojournalisme lutte contre la crise et les images truquées par l'IA..

Fondation du festival

Le festival Visa pour l'Image a été créé en 1989 par le journaliste Jean-François Leroy. À cette époque, le monde traverse une période de bouleversements majeurs, comme la chute du mur de Berlin. Les médias traditionnels, comme les magazines Paris Match, dominent l'information et accordent une grande importance aux photographies pour témoigner de la réalité. Le festival est né pour mettre en valeur le travail des photojournalistes, ces professionnels qui captent des images sur le terrain pour raconter l'actualité. Jean-François Leroy, fondateur et directeur du festival, a collaboré dès le début avec Roger Thérond, alors directeur de la rédaction de Paris Match. Ce dernier était connu pour son approche mêlant reportages sérieux et couverture de célébrités, une stratégie qui a contribué au succès du magazine.

Crise du photojournalisme

Le photojournalisme, métier défendu par Jean-François Leroy, traverse une crise profonde depuis des décennies. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D'abord, la photographie s'est banalisée avec l'arrivée des smartphones et des réseaux sociaux, inondant le public d'images en permanence. Ensuite, les agences de presse peinent à trouver un modèle économique viable, faute de financements et de temps pour envoyer des reporters sur le terrain. Les réseaux sociaux, comme Instagram ou X (ex-Twitter), diffusent des images sans toujours vérifier leur authenticité, ce qui rend difficile la distinction entre une photo journalistique et une image truquée. Cette crise menace directement la survie du métier, autrefois central dans la couverture de l'actualité.

Menace de l'IA et fake news

Jean-François Leroy a souligné un danger supplémentaire pour le photojournalisme : l'intelligence artificielle (IA). Les outils d'IA permettent désormais de générer des images réalistes en quelques secondes, à partir d'une simple description textuelle (prompt). Ces deepfakes ou images truquées peuvent tromper le public et semer le doute sur la fiabilité des photographies. Leroy a vu dans cette menace une opportunité : le besoin de repères et de confiance dans l'information n'a jamais été aussi fort. Les modèles d'IA, qui fonctionnent en analysant des données, pourraient avoir besoin de contenus vérifiés et authentiques pour rester crédibles. Cependant, la valorisation du travail des photojournalistes reste un défi à relever.

Programmation 2026 et hommages

La 38ᵉ édition du festival Visa pour l'Image, ouverte peu après la mort de Jean-François Leroy à l'âge de 69 ans, rend hommage à son fondateur. La programmation 2026 met en avant des expositions sur les conflits actuels, comme la guerre en Iran, au Liban, au Dombass, au Soudan et au Cambodge. Ces expositions se concentrent sur les populations civiles prises dans des cycles de violence, tout en montrant des lueurs d'espoir. Une autre exposition, signée David Guttenfelder pour le New York Times, illustre la résistance aux politiques migratoires aux États-Unis, en documentant les manifestations contre la police de l'immigration (ICE) dans le Minnesota. Enfin, Jérôme Gence présente une exposition sur les mariages virtuels au Japon, où des personnes épousent des poupées ou des personnages de jeux vidéo, reflétant l'évolution des relations humaines à l'ère du numérique.

Ce que ça pourrait changer

Le festival *Visa pour l'Image* joue un rôle clé dans la valorisation du photojournalisme en exposant des photographies dans un format accessible au public, loin des pages glacées des magazines. Cette approche donne une nouvelle dimension aux images, en les transformant en œuvres d'art et en témoignages accessibles. Malgré la crise du secteur, le festival continue de défendre la nécessité de photographes sur le terrain pour documenter la réalité. Jean-François Leroy, dans son dernier éditorial, a exprimé un optimisme prudent : l'époque actuelle, marquée par la désinformation et l'IA, pourrait renforcer la demande pour des images authentiques et vérifiées. Le défi reste de trouver un modèle économique viable pour soutenir ce métier essentiel.

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