Troubles du comportement alimentaire: comprendre pour mieux aider
Louise Tourret reçoit Hugo Saoudi, medecin psychiatre spécialisé dans les troubles des conduites alimentaires à la FSEF, membre de la FFAB (Fédération française Anorexie Boulimie), co-auteur de l'ouvrage Quand manger te fait galérer aux éditions Vuibert.
En 2026, les troubles du comportement alimentaire (TCA) ont été désignés comme Grande Cause nationale en France. Ces troubles, qui touchent un nombre croissant de personnes, ne se limitent pas à l’adolescence mais peuvent survenir à tout âge. Ils incluent des dérégulations alimentaires variées, allant de simples habitudes problématiques à des pathologies psychiatriques diagnostiquées comme l’anorexie mentale, la boulimie ou l’hyperphagie boulimique. Ces dernières se caractérisent par des critères précis de poids et de comportements compensatoires, comme des vomissements ou des crises de frénésie alimentaire. La souffrance engendrée peut être à la fois psychique, physique et sociale, avec un risque d’isolement pour les personnes concernées. Comprendre ces troubles est essentiel pour mieux les prévenir et accompagner les individus, leurs familles et leurs proches.
En France, environ 17 % de la population présente une dérégulation de son alimentation par rapport à ses sensations et besoins réels. Une étude menée au Royaume-Uni révèle qu’un enfant ou adolescent sur vingt souffre directement d’un TCA avéré. Ces chiffres soulignent l’ampleur du phénomène, souvent sous-estimé. Les TCA ne se résument pas aux cas extrêmes médiatisés : ils incluent aussi des comportements moins visibles mais tout aussi préoccupants, comme une obsession du contrôle alimentaire ou une relation toxique avec la nourriture. Ces dérives peuvent s’installer progressivement, rendant leur détection précoce d’autant plus cruciale.
La société actuelle impose des normes strictes en matière d’alimentation, avec des injonctions comme la consommation quotidienne de cinq fruits et légumes. Ces règles, bien que bien intentionnées, peuvent devenir oppressantes, surtout dans le cadre de la parentalité ou de l’adolescence. Hugo Saoudi, psychiatre spécialisé dans les TCA et co-auteur de l’ouvrage Quand manger te fait galérer, explique que ces pressions favorisent un contrôle excessif sur chaque aliment ingéré. Cette quête de perfection alimentaire peut mener à des comportements problématiques, où la nourriture devient une source d’angoisse plutôt que de plaisir. Déculpabiliser les familles et réintroduire la notion de plaisir dans l’alimentation sont des pistes pour atténuer ces dérives.
Hugo Saoudi, médecin psychiatre à la FSEF (Fondation Santé des Étudiants de France) et membre de la FFAB (Fédération française Anorexie Boulimie), joue un rôle clé dans la prise en charge des TCA. Il souligne l’importance de repérer les signes précoces et d’agir avant que les troubles ne s’aggravent. Saoudi insiste aussi sur la nécessité de distinguer les règles alimentaires saines, qui structurent l’alimentation, des comportements de contrôle excessif, qui peuvent basculer dans la pathologie. Pour lui, une alimentation équilibrée doit permettre une certaine flexibilité, sans culpabilité ni rigidité excessive. Les professionnels comme lui travaillent à sensibiliser le grand public et les familles pour mieux prévenir ces troubles.
Prévenir les TCA passe par une meilleure information et une ouverture du dialogue autour de la nourriture et du corps. L’objectif est de déconstruire les idées reçues, comme l’association systématique entre minceur et santé, ou la diabolisation de certains aliments. Les familles et les proches sont encouragés à adopter une approche bienveillante, en évitant les commentaires sur le poids ou l’apparence. Les campagnes de sensibilisation, comme celles menées dans le cadre de la Grande Cause nationale 2026, visent à briser l’isolement des personnes concernées et à promouvoir une relation saine avec l’alimentation. L’accompagnement précoce, dès les premiers signes, est déterminant pour éviter l’aggravation des troubles.

