Chicorée, café d’orge ou de lupin : quelles sont les alternatives au café les plus écologiques ?
Déforestation, pesticides, atteintes aux droits humains : la facture environnementale et sociale du café ne cesse de s'alourdir. Les succédanés locaux à base de chicorée, d’orge ou de lupin n’ont pas exactement le même goût, mais ils allègent l'addition écologique..
Le café, consommé quotidiennement par 73 % des Français de plus de 18 ans et par près de deux milliards de personnes dans le monde, pose de graves problèmes environnementaux et sociaux. Sa production entraîne une déforestation importante, notamment au Brésil, au Vietnam et en Colombie, ainsi qu’un recours massif aux engrais azotés et aux pesticides, qui polluent les sols et les eaux. La culture du café est aussi très gourmande en eau : il faut environ 132 litres pour produire une seule tasse, selon l’hydrologue Charlène Descollonges. Son bilan carbone est élevé, avec 8,4 kilogrammes d’équivalent CO₂ par kilogramme de café moulu. Les émissions de gaz à effet de serre proviennent autant de la production que du transport, souvent long depuis les pays producteurs. Sur le plan social, des travaux forcés, le travail des enfants et des salaires très bas sont signalés dans certaines exploitations, y compris pour des cafés issus du commerce équitable. Enfin, le réchauffement climatique aggrave la situation, avec des épisodes de sécheresse ou de gel qui font chuter les récoltes, comme au Brésil ou au Vietnam, provoquant une hausse des prix de 37 % entre 2024 et 2025.
La chicorée est une racine torréfiée et moulue qui offre une alternative au café, avec un bilan carbone proche de celui du café (7,87 kg CO₂e/kg contre 8,4 kg CO₂e/kg), mais une empreinte bien moindre à la tasse. En effet, une tasse de chicorée n’utilise que 2 à 3 grammes de poudre, contre 10 grammes pour le café, ce qui réduit les émissions de CO₂ d’environ quatre fois. Cultivée principalement dans le nord de la France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne, la chicorée nécessite moins d’intrants chimiques que le café. Choisie en version bio, son impact environnemental diminue encore, bien que la transformation reste une étape énergivore. Sans caféine, elle est riche en fibres et en inuline, un prébiotique bénéfique pour le microbiote. Son goût rappelle l’amertume du café, avec des notes de caramel et de noisette. Les prix varient entre 12 et 38 centimes la tasse selon les marques et le mode de culture. Des entreprises comme Leroux, Ricoré, Nourée ou Cherico relancent cette boisson, longtemps perçue comme désuète.
Le café d’orge est une infusion à base de graines d’orge torréfiées, populaire en Italie (caffè d’orzo) et au Portugal (cevada). En France, cette alternative reste méconnue, mais son marché progresse, notamment pour les personnes sensibles à la caféine ou cherchant une option locale. L’orge est principalement cultivée et transformée en France, par exemple dans le Cantal (marque Kafékap), le Tarn (Ferme de Vanessa Vialettes) ou en Bretagne (Graine de Breton). Son empreinte carbone n’est pas calculée, mais son origine locale limite les émissions liées au transport. Riche en fibres et en nutriments, le café d’orge se décline en plusieurs gammes : l’orgé, au goût de céréales et de pain grillé, et l’orzo, plus doux avec des notes de noisette. La marque Graine de Breton propose aussi un mélange d’orge et de petit épeautre, le Koffé 532, souvent décrit comme le plus proche du café en termes de saveur. Le prix moyen est de 20 € le kilo, comparable ou inférieur à celui des cafés bios moulus. Il se prépare en cafetière à piston, en cafetière italienne ou avec des capsules.
Le café de lupin est obtenu à partir de graines de lupin, une légumineuse riche en protéines, torréfiées et moulues. Cette alternative, ancienne mais peu répandue en France, connaît un regain d’intérêt, notamment pour les personnes évitant la caféine. Le lupin est originaire du nord de la France et d’Allemagne, et des marques comme Lupi Coffee, Arsène ou La Tribu des Kawas misent sur une production 100 % française. Son goût est corsé et rond, avec des arômes de noisette grillée et de cacao, et une acidité moindre que le café. Il s’utilise dans toutes les cafetières (filtre, italienne, à piston, expresso). Lupi Coffee vend sa version à 19 € les 600 grammes, soit environ 23 centimes la tasse. Anaïs Marescaux, fondatrice de Lupi Coffee, explique avoir découvert cette boisson en Allemagne pendant sa grossesse, cherchant une alternative sans caféine. Le lupin, moins exigeant en intrants que le café, s’intègre bien dans une agriculture durable.
Le thé n’est pas un substitut direct au café, mais il représente une option bien moins émettrice en CO₂. Selon l’Ademe, le thé émet 43,6 grammes d’équivalent CO₂ par litre, soit quinze fois moins que le café. Bien que produit principalement en Chine et en Inde, sa culture est moins intensive et entraîne moins de déforestation que celle du café. Pour réduire davantage son impact, il est conseillé de privilégier les thés **bio**, afin de limiter l’usage de pesticides. Cette alternative est donc intéressante pour les consommateurs soucieux de leur empreinte écologique, même si elle ne remplace pas le rituel matinal du café. Son goût et ses propriétés stimulantes diffèrent, mais son faible bilan carbone en fait un choix pertinent pour varier les boissons chaudes.

