NapseflowNapseflow
Géopolitique

Aux États-Unis, le football est et restera une affaire de femmes

Courrier International · mis à jour il y a 23 j

Dans les colonnes du quotidien allemand “Tagesspiegel”, Helena Wittlich et David Kirchner soulignent à quel point aux États-Unis, à la différence de l’Allemagne, l’équipe de football masculine est “en retard” par rapport à la sélection féminine. Celle-ci peut en effet se targuer d’une “deuxième place” au classement de la Fifa et de “quatre titres de championnes du monde”..

Football féminin dominant

Aux États-Unis, l’équipe nationale féminine de football est bien plus performante que l’équipe masculine. Elle compte quatre titres de championne du monde et cinq médailles d’or olympiques, ce qui en fait la sélection la plus titrée au monde. À l’inverse, l’équipe masculine américaine, classée quinzième par la FIFA, n’a pas réussi à se qualifier pour la Coupe du monde 2026. Cette domination s’illustre aussi dans les campagnes publicitaires : Trinity Rodman, joueuse américaine, est la seule femme parmi les stars du football présentées par Adidas dans une publicité pour la Coupe du monde, aux côtés de figures masculines comme Lionel Messi ou Jude Bellingham. Ce choix reflète l’importance du football féminin dans le paysage sportif américain.

Origines historiques

Le football féminin américain a connu un essor grâce à la loi Title IX de 1972. Cette loi impose aux écoles et universités américaines d’offrir les mêmes opportunités sportives aux filles et aux garçons. Le football, nécessitant peu d’équipement, a profité de cette mesure pour se développer rapidement. Avant cette période, le football était largement dominé par les hommes dans le monde, et même interdit aux femmes dans certains pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni jusqu’en 1970. Aux États-Unis, les femmes ont saisi cette opportunité pour s’imposer dans ce sport, créant un système de formation de jeunes talents qui alimente encore aujourd’hui l’équipe nationale.

Victoires majeures

L’équipe féminine américaine a remporté son premier titre de championne du monde en 1991. Cinq ans plus tard, elle a décroché la médaille d’or lors de la première édition des Jeux incluant le football. En 1999, la Coupe du monde organisée aux États-Unis a marqué un tournant avec la victoire des Américaines face à la Chine, grâce à un penalty décisif marqué par Brandi Chastain dans le stade de Rose Bowl, devant 90 000 spectateurs. Ces performances ont contribué à populariser le football féminin dans le pays, où il est désormais considéré comme un spectacle à part entière.

Modèle économique unique

Le championnat américain féminin se distingue par un plafonnement des salaires, appliqué à tous les clubs. Ce système garantit un équilibre compétitif, où aucun club ne domine systématiquement, contrairement à l’Allemagne où des équipes comme le Bayern Munich ou Wolfsburg écrasent la concurrence. Aux États-Unis, les clubs investissent davantage dans les infrastructures : par exemple, le San Diego Wave dispose d’un cuisinier attitré et d’un centre d’entraînement de luxe avec salle de sport et vestiaires. Ce modèle attire des joueuses internationales, mais il présente un inconvénient : les clubs européens, non soumis à ce plafonnement, peuvent attirer les meilleures Américaines avec des offres salariales bien plus élevées.

Transfers et enjeux

En début d’année 2025, Naomi Girma, championne olympique et défenseuse de classe mondiale, a été transférée au FC Chelsea pour 1,1 million de dollars (964 000 €), devenant la première joueuse américaine à dépasser le million de dollars dans un transfert. D’autres stars américaines ont suivi, signant dans des clubs européens comme le Royaume-Uni. Trinity Rodman, par exemple, a failli rejoindre l’Europe mais a été retenue par son club américain après un assouplissement des règles de plafonnement salarial. Malgré ces départs, l’équipe américaine reste favorite pour la Coupe du monde féminine 2027, qui se déroulera au Brésil.

Ce que ça pourrait changer

En Allemagne, le football féminin est en pleine croissance, mais les disparités entre clubs restent fortes. Les équipes comme le Bayern Munich, Wolfsburg ou Francfort dominent largement le championnat, limitant les opportunités pour les autres. Anja Mittag, ancienne joueuse allemande, souligne que le modèle américain est plus professionnel, avec des infrastructures de haut niveau et une représentation féminine plus importante dans les stades. Aux États-Unis, les jeunes femmes sont plus nombreuses à assister aux matchs, où elles viennent encourager leurs idoles. Cependant, le plafonnement des salaires en Amérique présente un risque : les clubs européens, plus riches, attirent les talents américains avec des offres financières attractives.

Sujets complémentaires