Un chat à la mesure du monde – sur Chat Larme d’Hélène Cixous
Chez un grand écrivain, plus un livre est petit – plus il est bref –, plus il donne au lecteur le sentiment de contenir l’énorme somme de tous ceux qui l’ont précédé et de tous ceux qui le suivront peut-être – quand bien même ce petit livre, comme c’est ici le cas, se donnerait pour le dernier de tous ceux qu’aura écrits le grand écrivain dont il s'agit maintenant. L’article Un chat à la mesure du monde – sur Chat Larme d’Hélène Cixous est apparu en premier sur AOC media - Analyse Opinion Critique..
Hélène Cixous, auteure française majeure de la littérature contemporaine, évoque dans son ouvrage Ce qui n’était jamais arrivé (Gallimard, 2025) l’idée d’un hypothétique dernier livre. Elle se demande si ce livre serait différent des précédents, s’il contiendrait une forme de sacralité ou de monument funéraire. Elle décrit ce projet comme quelque chose qui la ferait rire et pleurer simultanément, un texte qui la traverserait d’émotions contradictoires. Cependant, elle souligne une ambiguïté fondamentale : si ce livre était réellement son dernier, elle ne le saurait pas au moment de l’écrire. Cette réflexion s’inscrit dans une série d’ouvrages qui, selon elle, ne sont ni tout à fait des récits ni des journaux, mais plutôt des enregistrements des pas du Temps, c’est-à-dire des traces de l’écoulement du temps et de la négation de la mort malgré son approche inéluctable.
L’article souligne que l’œuvre d’Hélène Cixous forme une série de livres qui s’enchaînent comme une progression chronologique à l’envers. L’auteur cite notamment Et la mère pond vite un dernier œuf (Gallimard, 2024), un recueil au titre inspiré d’une histoire pour enfants du XIXe siècle, Max et Moritz, qui mêle humour noir et cruauté. Ce titre fait référence à une scène où une poule, prête à mourir, pond un dernier œuf, symbolisant une forme de renaissance ou de persistance malgré la fin. Cette série inclut aussi Dedans (Grasset, 1969), son premier ouvrage publié il y a plus de cinquante ans. Chaque livre de cette série est présenté comme un enregistrement des pas du Temps, c’est-à-dire une tentative de capturer le passage du temps à travers des récits qui oscillent entre autobiographie, fiction et méditation sur la mort.
Philippe Forest, l’auteur de l’article, explique que les livres d’Hélène Cixous fonctionnent comme une négation répétée de la mort. Malgré l’avancée inéluctable du temps et la proximité de la fin de vie, ses textes cherchent à transcender cette finitude. L’idée centrale est que l’écriture permet de ne pas périr avec les morts, c’est-à-dire de ne pas disparaître symboliquement avec ceux qui nous quittent. Cette négation passe par une forme de trahison des morts, car écrire à leur sujet revient à les faire exister autrement, à les garder vivants dans la mémoire. L’auteure évoque ainsi une double promesse non tenue avec son frère décédé : celle de ne pas disparaître avant lui et de ne jamais écrire à son sujet, promesses qu’elle a finalement rompues en écrivant sur lui.
L’article mentionne brièvement un chat dans le titre *Chat Larme*, sans en développer le sens dans le texte fourni. Cependant, il est possible de comprendre que ce chat pourrait symboliser une présence à la fois fragile et persistante, comme une métaphore de la vie qui persiste malgré la mort. Dans la littérature, le chat est souvent associé à des qualités comme l’indépendance, la mystère ou la résilience, ce qui pourrait correspondre à la démarche d’Hélène Cixous : capturer l’essentiel à travers des fragments, malgré l’éphémère de l’existence. Ce chat, s’il est central dans l’ouvrage, incarne peut-être cette idée d’un être ou d’un objet qui mesure le monde, c’est-à-dire qui en saisit l’essence malgré sa brièveté ou sa fragilité.

