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Rassemblement national/Reform UK : mêmes combats ?

The Conversation France · mis à jour il y a 6 j

L’ESSENTIEL Présent lors du dernier congrès de Reform UK, parti donné gagnant aux prochaines législatives au Royaume-Uni, le président du RN Jordan Bardella a souligné les nombreux points d’accord entre les deux formations. Toutes deux dénoncent une immigration assimilée à une invasion, se posent en protectrices de la culture et des valeurs de leurs pays respectifs, et se montrent très critiques vis-à-vis des mesures environnementales, dans lesquelles elles voient des manifestations d’« écologie punitive ».

Deux partis d'extrême droite

Le Rassemblement national (RN), parti français d'extrême droite dirigé par Jordan Bardella, et Reform UK, parti britannique issu de l'UKIP et mené par Nigel Farage, sont souvent classés parmi les formations de droite radicale. Tous deux s'inscrivent dans le courant idéologique du national-populisme, qui place la défense de la nation et de ses valeurs au cœur de son projet politique. Ce courant prône la priorité nationale, le rejet de l'immigration massive et la critique des élites perçues comme éloignées des préoccupations populaires. Historiquement, leurs relations ont été tendues, notamment en 2014 lorsque Nigel Farage, alors leader de l'UKIP, avait refusé toute alliance avec le RN, critiquant son ADN antisémite et son approche économique. Cependant, depuis 2024, un rapprochement s'est opéré, illustré par la présence de Jordan Bardella au congrès de Reform UK en septembre 2024 et la signature d'un protocole d'accord symbolique entre les deux dirigeants.

Points communs idéologiques

Le RN et Reform UK partagent plusieurs positions clés, notamment une opposition farouche à l'immigration de masse, qu'ils assimilent à une menace existentielle pour leurs pays respectifs. Les deux partis dénoncent également ce qu'ils appellent l'«écologie punitive», qu'ils accusent de nuire à l'économie et au pouvoir d'achat. Enfin, ils rejettent ce qu'ils qualifient de «wokisme», une idéologie qu'ils associent au multiculturalisme, au communautarisme et à une remise en cause des valeurs traditionnelles. Ces convergences s'expliquent par leur appartenance au même courant national-populiste, qui défend une vision identitaire et souverainiste de la nation. Cependant, leurs approches rhétoriques et leurs registres lexicaux diffèrent, comme le révèle une analyse linguistique de leurs programmes.

Immigration : métaphores et peur

Les deux partis utilisent abondamment le champ lexical de l'eau pour évoquer l'immigration, mais avec des approches distinctes. Reform UK mise sur des images fortes, comme les falaises de Douvres ou la «vague de Boris» (une référence à l'augmentation de l'immigration post-Brexit sous Boris Johnson), pour susciter la peur. Leur manifeste de 2024 s'ouvre sur le titre «Uncontrolled Immigration has Pushed Britain to Breaking Point» («L'immigration incontrôlée a poussé la Grande-Bretagne au point de rupture»), en écho à une affiche controversée de la campagne du Brexit en 2016. Le RN, en revanche, privilégie un langage plus institutionnel, parlant de «flux migratoires» à maîtriser, de «pression migratoire» ou de «submersion du continent». Les deux partis présentent l'immigration comme une catastrophe naturelle ou un débordement à endiguer, mais Reform UK recourt davantage à l'émotion via des visuels percutants, tandis que le RN utilise un discours plus technique et alarmiste.

Guerre culturelle : valeurs vs déclin

Reform UK et le RN s'affrontent sur le terrain de la culture, qu'ils présentent comme menacée par l'immigration et l'idéologie «woke». Reform UK insiste sur les «valeurs chrétiennes» et la culture britannique, qu'elle décrit comme un rempart contre le multiculturalisme. Le parti utilise des termes comme «British values» (valeurs britanniques) pour souligner cette identité. Le RN, quant à lui, adopte un vocabulaire plus républicain, évoquant la défense de l'«identité et du patrimoine français» contre le «communautarisme» et le «séparatisme». Jordan Bardella a résumé cette logique en 2023 lors d'un colloque contre le «péril woke», en promettant de «déconstruire la déconstruction». Alors que Reform UK met en avant une vision nostalgique et idéalisée du passé, le RN se concentre davantage sur une approche à court terme, axée sur la protection immédiate de la société française.

Écologie : punition ou bon sens

Les deux partis rejettent les politiques environnementales qu'ils qualifient d'«écologie punitive». Reform UK, bien qu'ayant abandonné son climatoscepticisme originel, utilise des arguments comme l'«effet pervers» pour dénoncer les mesures écologiques, les présentant comme des contraintes économiques inutiles. Le parti parle de «punitive taxation» (taxation punitive) et de «Whitehall diktats» (diktats de Whitehall, siège du gouvernement britannique) pour critiquer les réglementations environnementales. Le RN adopte une rhétorique similaire, accusant le «Pacte vert» européen d'être une «écologie punitive» qui pénalise le pouvoir d'achat et l'activité économique. Il propose en retour une «écologie raisonnable» ou de «bon sens», axée sur la protection du niveau de vie et de la souveraineté nationale. Les deux partis transforment ainsi la lutte contre le changement climatique en une menace pour les libertés individuelles et la prospérité économique.

Ce que ça pourrait changer

Malgré des positions similaires, les deux partis adaptent leur discours à leur contexte national. Reform UK mise sur une rhétorique nostalgique et émotionnelle, s'appuyant sur des images symboliques comme les falaises de Douvres ou des visuels alarmistes pour marquer les esprits. Cette approche, qualifiée de *Heartland* par le politologue Paul Taggart, vise à créer un sentiment de crise existentielle et à mobiliser les électeurs autour d'une vision idéalisée du passé. Le RN, en revanche, privilégie un langage plus institutionnel et technique, axé sur des mesures concrètes comme le contrôle des frontières ou la défense du pouvoir d'achat. Cette différence reflète peut-être des stratégies électorales distinctes : Reform UK cherche à ancrer son discours dans une légitimité historique, tandis que le RN se concentre sur des enjeux immédiats pour préparer les élections de 2027. Leurs registres lexicaux et prosodiques (associations émotionnelles des mots) révèlent ainsi des nuances dans leur communication, tout en partageant un socle idéologique commun.

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