Ottawa veut empêcher Hydro-Québec de tuer des poissons et ça coûterait des milliards
Les 600 barrages partout au Canada seront soumis à la nouvelle réglementation qui entre en vigueur jeudi..
À partir du 15 octobre 2026, Pêches et Océans Canada (MPO), un ministère fédéral, imposera de nouvelles normes strictes aux barrages et centrales hydroélectriques existantes au Canada pour protéger les poissons. Ces règles visent notamment à éviter que les poissons ne soient tués ou blessés par les turbines ou les variations brutales de débit d’eau. Plus de la moitié des centrales d’Hydro-Québec, comme celles de Churchill-Falls (Terre-Neuve-et-Labrador) ou Kettle (Manitoba), ont été construites avant 1977, date à laquelle les premières lois sur la protection des poissons ont été introduites. Avant cette date, les barrages n’étaient pas soumis à des exigences précises pour éviter la mortalité des poissons, un flou juridique qui disparaît désormais.
Les nouvelles normes obligent les exploitants à limiter les variations de débit des réservoirs, surtout pendant les périodes sensibles comme la reproduction ou la migration des poissons, et à mettre en place des systèmes pour sauver les poissons isolés ou piégés. Elles imposent aussi d’adapter le fonctionnement des turbines pour réduire les blessures et la mortalité des poissons. Selon Hydro-Québec et d’autres acteurs du secteur, ces exigences sont irréalistes car elles pourraient réduire la capacité de production d’électricité et nécessiter des travaux majeurs coûteux. Par exemple, Hydro-Québec évoque des milliards de dollars de coûts et des contraintes opérationnelles impossibles à respecter sans impacter la production.
Hydro-Québec, qui représente plus de 60 % de l’électricité produite au Canada, s’inquiète des conséquences de ces nouvelles règles. L’entreprise souligne que plus de la moitié de ses centrales, construites avant 1977, devront se conformer à ces normes sans avoir été conçues pour cela. La société d’État craint que les travaux de mise aux normes, comme l’installation de grilles ou de systèmes de sauvetage des poissons, ne soient techniquement difficiles et financièrement prohibitifs. Elle rappelle que le taux de mortalité des poissons dans les turbines peut atteindre 20 % dans certaines centrales, comme Manic-3, mais que des solutions existent déjà, bien que partiellement efficaces.
L’industrie hydroélectrique, représentée par des organisations comme Hydroélectricité Canada et Électricité Canada, demande une clause grand-père pour les installations existantes. Cette clause permettrait d’appliquer les nouvelles normes uniquement aux nouveaux projets ou aux réfections majeures, évitant ainsi des coûts exorbitants pour les barrages déjà en service. Les producteurs d’électricité soulignent aussi que les exigences du MPO entrent en contradiction avec les objectifs du gouvernement fédéral, comme la lutte contre le fardeau administratif ou la volonté de doubler la production d’électricité d’ici 2050. Ils critiquent également le fait que la consultation sur ces règles n’ait été menée qu’en anglais, limitant l’accès des acteurs francophones à l’information.
Ces nouvelles règles soulèvent un débat sur la répartition des compétences entre le gouvernement fédéral et les provinces. Les provinces, comme le Québec, considèrent que la gestion des barrages et de l’eau relève de leur juridiction, tandis que le MPO justifie son intervention par la protection des poissons, un enjeu environnemental de compétence fédérale. Cette divergence pourrait créer des tensions politiques, notamment avec le gouvernement du Parti québécois, qui pourrait contester cette ingérence fédérale. Hydro-Québec, pour sa part, appelle à une approche adaptée à la réalité de son parc hydroélectrique existant, tout en soutenant les objectifs de décarbonation et de sécurité énergétique du Canada.
Le MPO affirme que ces nouvelles normes visent à réduire au maximum les risques pour les poissons et leur habitat, conformément à une approche de précaution. Le ministère explique que l’objectif est d’atteindre un niveau de risque **raisonnablement possible** pour les espèces aquatiques, en s’appuyant sur des études montrant l’impact réel des barrages sur la mortalité des poissons. Cependant, le ministère n’a pas fourni d’explications détaillées malgré plusieurs demandes de Radio-Canada, se contentant de confirmer la date d’entrée en vigueur des règles. Les industriels, eux, estiment que ces mesures pourraient freiner la transition énergétique et la production d’électricité renouvelable, alors que le Canada cherche à accélérer sa décarbonation.

