L’Éthiopie affirme à l’ONU qu’elle agit en légitime défense contre l’Érythrée
Asmara rejette l’argument et accuse son voisin de chercher à s’arroger de force un accès souverain à la mer Rouge..
L’Éthiopie et l’Érythrée, deux pays d’Afrique de l’Est, sont engagés dans une escalade militaire et diplomatique. L’Éthiopie affirme agir en légitime défense contre l’Érythrée, invoquant l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui autorise un État à se défendre en cas d’agression armée. Le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a envoyé une lettre au Conseil de sécurité de l’ONU pour expliquer cette position, sans préciser les mesures prises. L’Éthiopie accuse l’Érythrée d’avoir déployé des troupes et soutenu des groupes armés dans le nord du pays, notamment dans la région du Tigré. L’Érythrée rejette ces accusations et dénonce une déclaration de guerre, tout en rompant ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie après l’expulsion de dix diplomates érythréens.
Les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée ne sont pas nouvelles. Ces deux pays ont combattu côte à côte de 2020 à 2022 contre le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), un groupe rebelle qui contrôlait la région du Tigré. Cette guerre a causé la mort d’environ 500 000 civils, selon des chercheurs de l’université de Gand, en Belgique. Les violences, la famine et l’effondrement des services de santé ont marqué cette période. Malgré cette alliance passée, les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées depuis, notamment en raison de revendications territoriales et d’accusations mutuelles de soutien à des groupes armés.
Les forces gouvernementales éthiopiennes et leurs alliés ont repris plusieurs villes dans la région du Tigré, comme Idaga Hamus et Abiy-Adi, selon des déclarations de commanders locaux. Ces avancées ont été confirmées par des habitants et des images tournées par l’Associated Press (AP). Cependant, les témoignages ne permettent pas de déterminer clairement qui contrôlait ces zones avant les combats ni si des troupes érythréennes y ont participé. Par exemple, des soldats érythréens auraient été signalés à Adigrat et Idaga Hamus, mais ces informations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante. Les forces alliées au gouvernement ont également repris Adigrat, où des habitants ont célébré leur arrivée, brandissant des drapeaux éthiopiens.
La région du Tigré fait face à une grave crise humanitaire. Les habitants d’Adigrat, comme Hagos Woldegebriel, rapportent des cas de famine, de manque de soins médicaux et de décès parmi les enfants et les personnes âgées. Les banques sont fermées, les réserves alimentaires s’épuisent, et les services de santé sont quasi inexistants. Teame Lemlem, un habitant déplacé, a souligné que la paix apporterait un grand espoir à la population. Malgré la reprise partielle des télécommunications et de l’électricité à Mekele, la capitale du Tigré, ces services restent fragiles et peuvent être interrompus à tout moment.
Plusieurs acteurs internationaux sont impliqués dans la situation en Éthiopie et en Érythrée. L’Associated Press (AP) et l’Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), un groupe de surveillance des conflits, ont tenté de vérifier les informations sur les mouvements de troupes et les frappes de drones, sans pouvoir confirmer de manière indépendante les allégations. L’ambassade des États-Unis a indiqué que les télécommunications avaient partiellement repris à Mekele, mais les services bancaires mobiles et l’électricité restent instables. Par ailleurs, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) s’est allié à six autres groupes d’opposition pour renverser le gouvernement éthiopien, intensifiant les combats fin septembre et prenant temporairement le contrôle de Mekele avant de se retirer.
L’Éthiopie réclame un accès souverain à la mer Rouge, une revendication qui aggrave les tensions avec l’Érythrée. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a réaffirmé cette position, tandis que l’Érythrée accuse l’Éthiopie de chercher à s’arroger de force cet accès. Cette question territoriale est au cœur du conflit actuel, car elle touche à des enjeux économiques et stratégiques majeurs pour les deux pays. L’Érythrée a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU de condamner fermement la déclaration de guerre de l’Éthiopie et de prendre des mesures dissuasives pour éviter une escalade du conflit.

