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Les animes du studio Ghibli et la culture du riz au Japon

The Conversation France · mis à jour il y a 4 j

Chihiro est émue par de simples *onigiris*, boulettes de riz traditionnelles, qui lui rappellent son paysage natal (*Le Voyage de Chihiro, Hayao Miyazaki, 2001). Studio Ghibli L’ESSENTIEL Motif récurrent du quotidien nippon, le riz s’impose comme un marqueur culturel par excellence de la société japonaise.

Le riz, symbole culturel

Le riz est bien plus qu’un aliment au Japon : il incarne une identité nationale profonde. Arrivé vers 350 avant notre ère, il a progressivement remplacé le mode de vie des chasseurs-cueilleurs et s’est imposé comme un pilier de la société japonaise. L’anthropologue Emiko Ohnuki-Tierney souligne cette double symbolique : « le riz, notre nourriture » et « les rizières, notre terre ». Ces deux aspects se renforcent mutuellement, faisant du riz un marqueur culturel majeur. Les animes, dont ceux du studio Ghibli, reflètent cette importance en intégrant le riz dans leurs récits, offrant ainsi un aperçu de ses dimensions sociales, historiques et territoriales pour les publics étrangers.

Rizières et paysages

Les films du studio Ghibli dépeignent les rizières comme des éléments centraux des paysages japonais, reflétant leur rôle dans l’agriculture et l’identité du pays. Dans Princesse Mononoké (1997), se déroulant à l’époque Muromachi (1337-1573), les rizières ont une forme arrondie et irrégulière, symbolisant les bouleversements de l’époque, comme la déforestation liée au développement technique. Dans Mon voisin Totoro (1988), elles illustrent un Japon rural des années 1950, en harmonie avec la nature, contrastant avec l’urbanisation croissante. Pompoko (1994) met en scène la menace que fait peser l’expansion immobilière des années 1960 sur ces paysages traditionnels, perçus comme des refuges par les animaux menacés.

Riz et modernisation

Les animes Ghibli montrent l’évolution des méthodes de culture et de consommation du riz, reflétant les transformations de la société japonaise. Dans Souvenirs goutte à goutte (1991), le retour à une vie rurale met en lumière le travail exigeant des champs, où le riz est cultivé selon des méthodes traditionnelles. La préparation du riz évolue aussi : dans la Colline aux coquelicots (2011), le donabe (cuiseur en terre cuite) cède progressivement la place au rice cooker électrique, symbole du miracle économique japonais. Ce changement s’accompagne d’une diversification des habitudes alimentaires, avec l’introduction de produits industriels comme le pain de mie ou les snacks.

Riz, survie et hiérarchie

Dans le Tombeau des lucioles (1988), le riz devient un enjeu de survie dans le Japon de l’après-Seconde Guerre mondiale. Les kimonos de la mère des protagonistes servent de monnaie d’échange pour se procurer cet aliment essentiel. Le riz est alors rationné au sein des foyers, réservé en priorité aux travailleurs, reflétant son importance pour la reconstruction nationale. Dans le Voyage de Chihiro (2001), Miyazaki illustre cette hiérarchie alimentaire : les travailleurs du palais des bains de Yubaba mangent du riz, tandis que les divinités (kamis) consomment des mets plus luxueux. Le riz y incarne à la fois une nécessité et un marqueur social.

Ce que ça pourrait changer

Dans *le Voyage de Chihiro*, le riz joue un rôle clé dans la quête d’identité de l’héroïne. Après avoir perdu son prénom et se retrouver dans un monde parallèle, Chihiro est réconfortée par des *onigiris* (boulettes de riz triangulaires) préparés par Haku. Ces *onigiris*, simples mais préparés avec soin, évoquent son foyer et ses souvenirs, lui permettant de retrouver une partie de son identité. Leur préparation, fondée sur des rituels ancestraux comme le lavage et la cuisson du riz, dépasse la simple fonction alimentaire : elle devient un geste d’amour et de réconfort. Les grains de riz rappellent aussi les paysages des rizières et les efforts nécessaires pour se nourrir, notamment pendant la guerre.

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