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Géopolitique

Le canal de Panama : prochain goulot d’étranglement perturbé après le détroit d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb ?

Le Grand Continent · mis à jour il y a 12 j

En raison du niveau actuel du lac Gatún, l'Autorité du canal va réduire à partir d'aujourd'hui, samedi 25, le nombre de créneaux de réservation quotidiens pour les écluses Panamax du canal de Panama, qui relie les océans Pacifique et Atlantique. L’article Le canal de Panama : prochain goulot d’étranglement perturbé après le détroit d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Réduction des transits

À partir du 25 juillet 2026, l’Autorité du canal de Panama a annoncé une réduction des capacités de transit pour les navires empruntant les écluses Panamax, qui permettent le passage des bateaux les plus petits comme les vraquiers ou les porte-conteneurs de taille moyenne. Le nombre de créneaux de réservation quotidiens passe ainsi de 36 à 34, soit une baisse de 5,6 %. Cette mesure vise à préserver les ressources en eau du lac Gatún, dont le niveau est actuellement trop bas pour garantir un fonctionnement normal des écluses. Les écluses Néo Panamax, réservées aux navires plus grands comme les méthaniers ou les pétroliers, ne sont pas concernées par cette restriction. Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques accrues dans les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, où des attaques récentes ont perturbé le commerce maritime mondial.

Sécheresse et El Niño

La baisse du niveau d’eau du lac Gatún, qui alimente les écluses du canal, est principalement attribuée au phénomène climatique El Niño, dont l’intensité en 2026 pourrait être la plus forte enregistrée depuis 75 ans selon le Centre de prévision climatique américain. Ce phénomène naturel, caractérisé par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, provoque des sécheresses dans certaines régions, réduisant les précipitations et les apports en eau. En 2023-2024, lors du dernier El Niño marqué comme « fort » par la NOAA (Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique), le nombre de transits quotidiens dans le canal avait chuté à seulement 18 navires, contre une moyenne habituelle de 35. Cette situation avait entraîné une contraction du trafic de près de 31 % entre décembre 2022 (1 523 navires) et février 2024 (1 054 navires).

Rôle stratégique accru

Bien que le canal de Panama ne représente que 5 à 6 % du commerce maritime mondial, son importance s’est accrue ces dernières années en raison des perturbations dans d’autres zones clés comme le détroit d’Ormuz, la mer Rouge ou le détroit de Malacca. Ces régions, souvent touchées par des conflits ou des tensions géopolitiques, voient leur trafic maritime restreint, ce qui pousse certains navires à emprunter des itinéraires alternatifs. Le canal de Panama, qui relie les océans Pacifique et Atlantique, devient ainsi une route plus attractive, notamment pour le transport de gaz naturel liquéfié (GNL) et de gaz de pétrole liquéfié (GPL). Les exportations énergétiques américaines, en hausse, renforcent également son rôle dans le commerce mondial de l’énergie.

Contexte géopolitique tendu

Les perturbations actuelles dans les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, où des attaques menées par l’Iran et les Houthis ont récemment été signalées, ont poussé plusieurs navires à éviter ces zones à haut risque. Le détroit de Bab-el-Mandeb, situé entre le Yémen et Djibouti, est une voie maritime stratégique reliant la mer Rouge à l’océan Indien. Les Houthis, un groupe armé yéménite, ont annoncé le blocage des ports saoudiens en mer Rouge, aggravant l’insécurité dans la région. Ces tensions, combinées à la sécheresse affectant le canal de Panama, créent un contexte où plusieurs goulots d’étranglement du commerce maritime mondial sont simultanément fragilisés.

Ce que ça pourrait changer

L’Autorité du canal de Panama, l’organisme public chargé de la gestion et de l’exploitation du canal, est à l’origine de la décision de réduire les transits quotidiens. Cette institution, basée à Panama, collabore avec des agences maritimes comme Norton Lilly, qui a relayé l’information sur la suspension temporaire des réservations pour les écluses Panamax. Les acteurs du secteur maritime, tels que les armateurs et les compagnies de transport, doivent désormais adapter leurs itinéraires pour contourner les zones à risque ou anticiper les restrictions imposées par les autorités panaméennes. Ces décisions s’inscrivent dans une logique de préservation des ressources et de gestion des risques, alors que le commerce mondial reste sous pression.

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