Pour un Programme d’assainissement des eaux du Québec 2.0
Une attaque frontale et intégrée contre la pollution de l’eau et la sécurisation de l’eau potable est essentielle..
Le Programme d’assainissement des eaux du Québec (PAEQ) a été lancé en 1978 par le premier gouvernement du Parti québécois (PQ). À l’époque, il était géré par le ministère de l’Environnement, avec pour objectif principal de réduire la pollution des cours d’eau. Cependant, en 1994, le gouvernement a transféré sa gestion au ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), sous prétexte que les stations d’épuration étaient des infrastructures locales. Cette décision a affaibli l’approche environnementale initiale, car le MAMH ne priorise pas les mêmes enjeux que le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP). Ce dernier analyse la fragilité des milieux récepteurs, les normes de rejet et la vulnérabilité des installations, mais ses recommandations sont rarement suivies par le MAMH, qui travaille de manière isolée.
Le PAEQ a été mis en pause à plusieurs reprises et a subi des modifications qui ont éloigné son objectif initial. Aujourd’hui, les projets d’assainissement financés ne respectent pas une approche intégrée, notamment par bassin versant, ni une logique d’optimisation environnementale ou de gestion des pollutions agricoles, industrielles et municipales. Par exemple, les normes de traitement des eaux usées datent des années 1980 et ne couvrent pas des polluants modernes comme les PFAS (substances chimiques persistantes), les microplastiques ou les pesticides. De plus, les débordements d’eaux usées, même en temps sec, restent un problème majeur. En 2014, le coût estimé pour mettre aux normes 14 des plus importants systèmes d’assainissement était de près de 10 milliards de dollars, mais ce montant a probablement augmenté de 50 % depuis en raison de l’inflation et des besoins supplémentaires. Pourtant, le gouvernement québécois ne rend pas public le montant actuel estimé par le MELCCFP.
Si le Québec maintient son rythme actuel, il atteindra les objectifs de performance en matière d’assainissement des eaux seulement vers 2040, ce qui le placera loin derrière des provinces comme l’Ontario et l’Alberta. Ces dernières ont des normes plus strictes et des investissements plus importants dans la dépollution. Par exemple, le fédéral a imposé aux provinces de mettre aux normes leurs systèmes d’épuration au début des années 2010, mais Ottawa ne finance pas ces réformes, contrairement à ses investissements dans d’autres projets comme le pipeline Alberta–Colombie-Britannique, estimé entre 35 et 44 milliards de dollars. Les auteurs de l’article suggèrent qu’Ottawa pourrait investir 15 milliards de dollars dans la dépollution des eaux québécoises, un montant qui serait bénéfique pour l’économie locale et l’environnement.
Un Programme d’assainissement des eaux du Québec 2.0 (PAEQ 2.0) coûterait entre 20 et 25 milliards de dollars, mais générerait des retombées économiques positives pour l’ensemble du Québec. En 1978, le PAEQ initial, évalué à 6 milliards de dollars, avait été approuvé par le ministre des Finances Jacques Parizeau précisément pour son impact stimulant sur l’économie québécoise. Un PAEQ 2.0 permettrait de créer des emplois, de moderniser les infrastructures et de soutenir des secteurs comme l’agriculture et l’industrie. Par exemple, l’assainissement en milieu agricole est encore très limité : tous les cours d’eau agricoles du Québec sont pollués par les sédiments, les engrais et les pesticides. De même, le secteur industriel, bien que soumis à des normes, bénéficie d’une politique d’autocontrôle dépassée, datant des années 1980, et le Programme de réduction des rejets industriels (PRRI) de 1988 ne couvre pas des secteurs clés comme l’agroalimentaire.
Plusieurs sources de pollution des eaux sont actuellement ignorées par les programmes existants. Il s’agit notamment des lieux d’enfouissement des déchets, des dépôts de neige situés près des cours d’eau, des terrains de golf et d’autres infrastructures non réglementées. Aucune politique publique récente ne propose une approche globale pour lutter contre ces pollutions, malgré leur impact sur la santé publique et la biodiversité. Les auteurs soulignent que les partis politiques québécois n’ont pas fait de la protection des eaux une priorité, à l’exception des enjeux liés aux changements climatiques. Pourtant, une attaque frontale et intégrée contre la pollution de l’eau, incluant un PAEQ 2.0, est essentielle pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable et préserver les écosystèmes aquatiques du Québec.

