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Culture

QUEER GAZE · Diamanda Callas : « J’adorerais voir un film sur l’architecture fait par une personne queer »

Trois Couleurs · mis à jour il y a 3 j

Créature du cabaret Madame Arthur, Diamanda Callas a ouvert vendredi 9 octobre la première soirée du festival de cinéma queer Everybody’s Perfect (qui se tient jusqu’au 18 octobre à Genève), dont elle est une habituée. Elle est revenue pour nous sur les images qui ont façonné son identité queer et sa pratique du drag..

Identité queer et cinéma

Diamanda Callas, artiste du cabaret parisien Madame Arthur, explique comment le cinéma a façonné son identité queer (terme désignant une orientation sexuelle ou une identité de genre non hétérosexuelle ou non cisgenre). Son éducation visuelle s’est construite autour de figures féminines comme Rossy de Palma, Carmen Maura et Victoria Abril, initialement perçues comme des icônes féminines avant qu’elle ne comprenne plus tard leur dimension queer. Elle cite aussi des films comme Sexe Intentions (1999) de Roger Kumble, où l’homosexualité est suggérée sans être montrée explicitement, ou Elephant (2003) de Gus Van Sant, qui explore la transgression des tabous à travers une scène d’embrassade entre deux adolescents. Ces œuvres ont nourri son imaginaire en jouant sur l’ambiguïté et la suggestion, plutôt que sur l’explicitation.

Influence des réseaux sociaux

À l’adolescence, Diamanda Callas a découvert des réalisateurs queer comme Bruce LaBruce, John Waters et Gregg Araki grâce à des communautés en ligne comme MySpace. Ces artistes ont marqué son parcours par un style pop, coloré et saturé, souvent qualifié de camp (un esthétique exagérée, kitsch et théâtrale) ou d’épileptique (par son intensité visuelle). Ces films, souvent indépendants et engagés, ont été diffusés dans des mini-festivals organisés par des petites communautés à Toulouse, où elle vivait. Cette période a renforcé son attachement à une imagerie queer radicale et décomplexée.

Cabaret et exploration artistique

Diamanda Callas a découvert le cabaret en rejoignant Madame Arthur, le premier cabaret travesti de Paris ouvert en 1946. Ce lieu historique a accueilli des artistes travestis et transgenres, offrant un espace de liberté face aux tabous, notamment celui du genre. Pour elle, le cabaret incarne une exploration artistique infinie une fois ces tabous levés. Elle évoque aussi des films comme Moulin Rouge (2001) ou Roméo + Juliette (1996) de Baz Luhrmann, qui partagent cette esthétique camp et débonnaire, ainsi que Phantom of the Paradise (1974) de Brian De Palma, son film préféré à la fin de son adolescence. Rocky Horror Picture Show (1975) de Jim Sharman est un autre exemple de film culte transmis entre amis.

Diversité dans le cinéma queer

Diamanda Callas souligne les difficultés actuelles pour créer des films indépendants, notamment queer, en raison de conditions de production de plus en plus complexes. Elle regrette que les films queer visibles soient majoritairement réalisés par des hommes blancs cisgenres (personnes dont l’identité de genre correspond au sexe assigné à la naissance). Elle cite l’exemple du film Jim Queen (2026) de Nicolas Athané et Marco Nguyen, critiqué pour son manque de diversité et des clichés homophobes. À 37 ans, elle déplore le manque de représentations de sa vie de couple avec une femme trans, soulignant que le dernier film abordant ce thème qu’elle a vu était Laurence Anyways (2012) de Xavier Dolan.

Ce que ça pourrait changer

Diamanda Callas défend l’idée d’un *queer gaze* (un regard *queer* sur le monde) appliqué à des domaines variés, au-delà des récits centrés sur l’homosexualité ou la transidentité. Elle rêve notamment d’un film sur l’architecture réalisé par une personne *queer*, où ce regard serait présent sans être le sujet principal. Elle voit dans les archives de John Waters ou Gregg Araki des exemples de cette approche, où le *queer gaze* imprègne des œuvres ne traitant pas directement de *queerness*. Pour elle, cette perspective pourrait enrichir la représentation artistique et culturelle en offrant des visions alternatives et inclusives.

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