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Géopolitique

Les “lunettes de pervers”, l’innovation dont on n’avait pas besoin

Courrier International · mis à jour il y a 14 j

C’est à la sensation d’être constamment épié sans notre consentement que Kylie Jenner doit sa dernière polémique. L’influenceuse américaine a collaboré avec Meta pour la sortie de ses lunettes connectées, comprendre des lunettes boostées à l’IA et capables de filmer discrètement pour la modique somme de 419 euros.

Polémique des lunettes Meta

En septembre 2025, Meta, l’entreprise dirigée par Mark Zuckerberg, a lancé une nouvelle paire de lunettes connectées équipées d’intelligence artificielle (IA) et d’une caméra discrète. Commercialisées à 419 €, ces lunettes permettent de filmer sans que la personne filmée en ait conscience. Cette innovation, promue par l’influenceuse Kylie Jenner, a suscité une vive polémique. Le public reproche à ces lunettes de favoriser les abus, notamment le revenge porn (diffusion de vidéos intimes sans consentement) et le harcèlement en ligne. Le terme « lunettes de pervers » a été popularisé pour désigner ces appareils détournés de leur usage initial. La crise s’est intensifiée en juillet 2026, avec une médiatisation accrue des risques pour la vie privée, notamment via le magazine Dazed, qui évoque une « crise du consentement numérique ».

Utilisations abusives documentées

Dès février 2026, des cas de détournement de ces lunettes ont été rapportés par des médias américains comme CNN. Certains hommes utilisent ces appareils pour filmer des femmes à leur insu dans l’espace public, puis diffusent les vidéos sur les réseaux sociaux. Ces contenus, souvent filmés du point de vue de l’agresseur, génèrent des millions de vues et attirent des commentaires misogynes. Pour échapper à la détection, certains utilisateurs masquent le voyant lumineux des lunettes, appelé « voyant de confidentialité », qui signale normalement que l’appareil enregistre. Des méthodes radicales, comme percer l’emplacement de la LED ou coller du ruban adhésif, sont employées malgré les restrictions imposées par Meta. Ces pratiques ont conduit à une peur généralisée chez les propriétaires de lunettes, qui craignent d’être reconnus et stigmatisés en public.

Réponse de Meta et contournements

Face à la controverse, Meta a tenté de limiter les abus en intégrant une notification sur ses lunettes de deuxième génération : si l’utilisateur obstrue le voyant de confidentialité, une alerte s’affiche pour l’inciter à le dégager. Cependant, des utilisateurs ont trouvé des moyens de contourner cette mesure. En réponse, Meta prépare une mise à jour qui désactivera automatiquement la caméra si le voyant est trafiqué ou détruit. Malgré ces efforts, des médias comme The Verge soulignent que les solutions techniques peinent à suivre les innovations des utilisateurs mal intentionnés. Cette situation illustre les défis posés par les nouvelles technologies en matière de respect de la vie privée.

Interdictions dans les lieux publics

Pour protéger les citoyens, certains lieux publics ont déjà interdit l’usage de ces lunettes connectées. Aux États-Unis, des tribunaux de Philadelphie et de New York, ainsi que des compagnies de croisière, ont adopté cette mesure. Ces interdictions visent à prévenir les abus et à rassurer le public sur le respect de sa vie privée. Cependant, leur efficacité dépend de leur application et de leur contrôle, ce qui soulève la question de l’efficacité des régulations locales face à des technologies globales. Le débat reste ouvert sur l’équilibre entre innovation technologique et protection des individus.

Ce que ça pourrait changer

La crise des *« lunettes de pervers »* met en lumière un enjeu plus large : la nécessité d’une régulation stricte des technologies intrusives. Pour l’instant, les initiatives viennent à la fois des entreprises, comme Meta, et des pouvoirs publics. Cependant, la question persiste : qui doit prendre la responsabilité de protéger la vie privée ? Les marques, en améliorant leurs dispositifs techniques, ou les gouvernements, en édictant des lois plus contraignantes ? L’article souligne que le mouvement semble venir des deux côtés, mais sans garantie d’une solution durable. Le public, quant à lui, pourrait à terme rejeter ces objets s’il estime qu’ils menacent trop sa sécurité et sa dignité.

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