Le patrimoine en construction dans l’œil des photographes
La photographie est le thème retenu cette année 2026 pour les journées européennes du patrimoine. Paris a été de nombreuses fois photographié mais comment les photographes montrent la capitale lorsqu'elle était en chantier ?.
Les Journées européennes du patrimoine 2026 ont choisi la photographie comme thème central. Cet événement annuel, qui se déroule généralement fin septembre, célèbre le patrimoine culturel, historique et architectural des pays européens. En 2026, l’accent est mis sur la manière dont les photographes capturent les transformations urbaines, notamment à Paris. La capitale française, souvent photographiée pour ses monuments et son histoire, est ici observée sous l’angle de ses chantiers en cours. Cette approche met en lumière comment la photographie peut documenter non seulement les réalisations passées, mais aussi les évolutions en train de se faire, offrant ainsi un regard dynamique sur l’histoire en construction.
Paris a connu de nombreuses phases de transformation urbaine, notamment dans les années 1970 et 1980. Ces décennies ont été marquées par des projets d’envergure comme la construction du Forum des Halles (inauguré en 1979), la rénovation des Halles de Paris ou encore les travaux liés à la création des voies express. Ces chantiers ont profondément modifié le paysage parisien, parfois au détriment de quartiers historiques. Les photographes de l’époque ont saisi ces changements, offrant un témoignage visuel des bouleversements urbains. Leur travail permet aujourd’hui de comprendre comment ces transformations ont été perçues et interprétées par les contemporains.
Les photographes jouent un rôle clé dans la documentation des transformations urbaines. Leur travail ne se limite pas à la simple capture d’images : ils sélectionnent des angles, des moments et des détails qui révèlent les enjeux sociaux, économiques et culturels des chantiers. Par exemple, une photo peut mettre en avant l’impact d’un projet sur les habitants, ou au contraire, souligner l’aspect technique et architectural d’une construction. Leur regard permet de questionner la notion de patrimoine en construction, c’est-à-dire un patrimoine qui n’est pas encore figé dans le temps, mais en perpétuelle évolution. Leur travail devient ainsi un outil de mémoire et de réflexion pour les générations futures.
Angèle Ferrere, docteure en histoire et esthétique de la photographie et commissaire d’exposition, met en lumière le rôle des femmes photographes dans la documentation des transformations urbaines de Paris entre les années 1970 et 1980. À cette époque, la photographie était un domaine largement dominé par les hommes, et les femmes photographes devaient souvent lutter pour se faire reconnaître. Pourtant, certaines d’entre elles, comme Hélène Binet ou Sophie Ristelhueber, ont marqué l’histoire par leur approche unique. Leurs images capturent non seulement les chantiers, mais aussi les émotions et les tensions liées à ces changements, offrant une perspective souvent absente des récits traditionnels.
La photographie de chantier permet de questionner la notion de patrimoine. Traditionnellement, le patrimoine désigne ce qui est considéré comme digne d’être conservé pour les générations futures, comme les monuments historiques ou les œuvres d’art. Cependant, les chantiers en cours soulèvent une question : un patrimoine peut-il être considéré comme tel s’il est encore en construction ? Les photographes répondent à cette interrogation en montrant que le patrimoine n’est pas seulement un héritage du passé, mais aussi un processus en mouvement. Leurs images deviennent ainsi des archives vivantes, capables de transmettre non seulement l’état d’un lieu, mais aussi les débats et les choix qui ont présidé à sa transformation.

