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Géopolitique

Au Laos, l’afflux de touristes chinois alimente le trafic d’espèces menacées

Courrier International · mis à jour il y a 20 j

Lors de voyages organisés au Laos, les touristes chinois sont conduits dans des boutiques proposant des produits issus d’animaux victimes de braconnage. Une journaliste du “Guardian” a enquêté en caméra cachée sur trafic bien rodé..

Nouvelle ligne ferroviaire

En 2021, une ligne ferroviaire à grande vitesse a été ouverte pour relier la Chine au Laos, un pays d'Asie du Sud-Est enclavé entre la Thaïlande, le Vietnam et la Chine. Cette infrastructure a permis de réduire considérablement le temps de trajet entre les deux pays, passant de plusieurs jours à quelques heures. Depuis cette ouverture, le nombre de touristes chinois visitant le Laos a fortement augmenté. Cette affluence s'explique par la facilité d'accès et le coût attractif des voyages organisés vers le Laos, souvent proposés à des prix compétitifs. Cependant, cette hausse du tourisme a aussi entraîné des conséquences inattendues, notamment le développement d'un commerce illégal d'animaux sauvages dans le pays.

Boutiques clandestines

Une enquête du Guardian, menée en caméra cachée, révèle l'existence de boutiques clandestines au Laos où des réseaux criminels vendent des produits issus d'animaux sauvages. Ces commerces, souvent intégrés à des circuits touristiques, proposent une grande variété d'articles illégaux. Parmi eux, on trouve des bracelets et baguettes en ivoire, des ceintures en peau de reptile, des os, des objets en poudre ou encore des squelettes d'animaux. Ces produits sont parfois présentés comme des souvenirs ou des objets de luxe, mais leur vente est strictement interdite. Les touristes chinois, principaux clients de ces boutiques, sont souvent incités à acheter ces articles par des vendeurs qui minimisent ou nient leur illégalité.

Demande en pangolins

Le pangolin, un mammifère couvert d'écailles, est particulièrement recherché par les touristes chinois en raison de ses prétendues vertus médicinales et de sa viande. En médecine traditionnelle chinoise, ses écailles en kératine sont utilisées pour soigner divers maux, bien que ces affirmations ne soient pas scientifiquement prouvées. La viande de pangolin est quant à elle consommée comme symbole de statut social dans certaines régions d'Asie. Cette demande a conduit au braconnage massif de l'espèce : plus d'un million de pangolins ont été victimes de trafic au cours de la dernière décennie, soit un nombre bien supérieur à celui des rhinocéros, éléphants et tigres réunis.

Espèce en danger critique

Le pangolin est aujourd'hui classé comme une espèce en danger critique d'extinction par les autorités internationales. Cette catégorie, la plus grave avant l'extinction totale, signifie que l'animal est menacé de disparition à très court terme si aucune mesure de protection n'est prise. Malgré cette situation alarmante, certains vendeurs au Laos continuent de proposer des pangolins vivants ou morts, affirmant parfois que leur commerce contribue à l'économie locale. En réalité, ces affirmations sont trompeuses : les bénéfices de ces ventes ne profitent pas aux Laotiens, mais uniquement aux réseaux criminels impliqués dans le trafic.

Ce que ça pourrait changer

Le braconnage massif des pangolins a des conséquences dramatiques sur la biodiversité en Asie du Sud-Est. Leur disparition menace l'équilibre des écosystèmes, car ces animaux jouent un rôle clé dans la régulation des populations d'insectes et la dispersion des graines. De plus, leur déclin accéléré pourrait avoir des répercussions sur d'autres espèces, comme les prédateurs qui se nourrissent de pangolins. Les efforts de conservation, bien que renforcés, peinent à suivre le rythme du trafic, qui reste alimenté par la demande internationale, notamment en Chine.

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