En Corée du Sud, l’appli pour suivre son harceleur protège-t-elle vraiment les femmes ?
Une application lancée en juin permet aux victimes de “stalking” de suivre leur harceleur en temps réel et aux autorités d’intervenir rapidement. Mais entre alertes répétées et manque d’effectifs, la presse sud-coréenne s’interroge sur les limites de ce dispositif..
Le 14 mars 2026, une jeune femme sud-coréenne dans la vingtaine a été assassinée par un homme qui la harcelait. Cet événement tragique a servi de catalyseur pour une prise de conscience accrue des dangers du stalking (comportement obsessionnel de surveillance ou de traque d’une personne) en Corée du Sud. Le quotidien progressiste Kyunghyang Shinmun a immédiatement appelé les autorités à agir en urgence, exigeant que les victimes soient informées en temps réel de l’approche de leur harceleur. Cette demande a mis en lumière l’insuffisance des mesures existantes pour protéger les victimes de harcèlement obsessionnel, un problème qui touche principalement les femmes dans le pays.
En réponse à cette crise, le gouvernement sud-coréen a lancé officiellement le 24 juin 2026 une application mobile conçue pour alerter les victimes lorsque leur harceleur s’approche trop près. Cette solution technologique permet aux victimes de recevoir des notifications en temps réel, leur donnant la possibilité de réagir rapidement. Le Guardian a récemment publié un reportage sur cette application, soulignant l’ampleur du problème : le nombre de signalements pour stalking a triplé en Corée du Sud, avec 80 % des victimes étant des femmes. L’application vise donc à combler un vide dans la protection des citoyens, notamment des femmes, contre les comportements obsessionnels et dangereux.
Pour comprendre l’efficacité de cette application, il faut examiner son fonctionnement. Deux centres, situés à Séoul et Daejeon, traitent quotidiennement environ 19 000 alertes, concernant plus de 5 000 personnes placées sous surveillance électronique. Ces personnes sont suivies pour des infractions allant des violences sexuelles au meurtre. L’application permet aux victimes de suivre les déplacements de leur harceleur grâce à des technologies de géolocalisation. Lorsqu’un harceleur s’approche d’une zone définie comme dangereuse pour la victime, celle-ci reçoit une alerte immédiate. Cette approche repose sur une combinaison de surveillance électronique et de notifications mobiles, offrant une protection proactive plutôt que réactive.
La Corée du Sud fait face à une augmentation alarmante des cas de *stalking*, un phénomène qui touche de manière disproportionnée les femmes. En 2026, 80 % des victimes de harcèlement obsessionnel sont des femmes, ce qui reflète des inégalités structurelles et des normes sociales persistantes. L’application lancée par le gouvernement sud-coréen s’inscrit dans une démarche plus large de protection des droits des femmes et de lutte contre les violences sexistes. Cependant, son efficacité dépendra de plusieurs facteurs, notamment l’adoption massive par les victimes, la précision des alertes et la capacité des autorités à gérer le volume croissant de signalements. Cette initiative marque une avancée technologique, mais soulève aussi des questions sur la protection des données personnelles et la surveillance de masse.

