Les illusionnistes
Quels tours de magie prévoient les partis politiques pour équilibrer le budget du Québec ?.
En 2023, la dette nette du Québec s’élevait à environ 253 milliards d’euros, représentant 37,5 % de son produit intérieur brut (PIB). Ce chiffre est le résultat d’une baisse significative par rapport à 2012, où la dette avait atteint un sommet historique de près de 54 % du PIB, le niveau le plus élevé parmi les provinces canadiennes à l’époque. Cette réduction de 16 points de pourcentage en dix ans a permis au Québec de retrouver une situation financière plus stable. Cependant, depuis 2023, la dette recommence à augmenter, dans un contexte où les taux d’intérêt mondiaux augmentent et où la croissance économique ralentit. La dette nette est le montant total que l’État doit à ses créanciers, après déduction des actifs publics. Le PIB, quant à lui, mesure la valeur totale de tous les biens et services produits dans une région sur une année.
Entre 2012 et 2023, les finances publiques du Québec ont connu des changements majeurs. Sous le gouvernement libéral de Philippe Couillard (2014-2018), un déficit structurel a été transformé en surplus, ce qui signifie que les recettes de l’État dépassaient ses dépenses de manière durable. Cette période a permis de rétablir la confiance des investisseurs, qui achètent les obligations du Québec, c’est-à-dire des titres de dette émis par l’État pour se financer. Cependant, le gouvernement caquiste de François Legault (depuis 2018) a renoué avec les déficits, entraînant une baisse de la cote de crédit de la province. Malgré cela, les finances publiques restent bien meilleures qu’en 2012. Une cote de crédit est une évaluation de la capacité d’un État à rembourser sa dette, réalisée par des agences spécialisées.
Le prochain gouvernement québécois devra faire face à un environnement économique difficile. L’inflation au Québec dépasse 3 %, les taux d’intérêt ont fortement augmenté (passant de 1 % en 2021 à près de 5 % en 2024), et la croissance économique ralentit. Ces facteurs pèsent sur les perspectives de croissance et les emplois. De plus, la guerre tarifaire menée par Donald Trump aux États-Unis ajoute une pression supplémentaire. Les investisseurs, inquiets de la viabilité des finances publiques dans les pays occidentaux, exigent des rendements plus élevés pour acheter des obligations gouvernementales, ce qui augmente le coût de la dette pour le Québec. Les obligations sont des emprunts contractés par l’État auprès des investisseurs, remboursés avec intérêts.
Les trois principaux partis politiques du Québec (Parti libéral du Québec, Coalition avenir du Québec et Parti québécois) ont présenté des promesses électorales modérées pour équilibrer le budget d’ici 2028-2030. Le Parti libéral et la CAQ visent un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030 en limitant la croissance annuelle moyenne des dépenses à 2,4 % et 2,2 % respectivement. Le Parti québécois, lui, promet un équilibre un an plus tôt, en 2028-2029, avec une croissance des dépenses de seulement 1,9 % par année. Cependant, ces objectifs semblent ambitieux, car l’inflation dépasse 3 % et les coûts du système de santé et d’éducation augmentent bien plus vite que ces taux de croissance des dépenses. Les transferts fédéraux désignent les fonds versés par le gouvernement canadien aux provinces pour financer des programmes comme la santé ou l’éducation.
Pour atteindre leurs objectifs budgétaires, les partis proposent différentes stratégies. Le Parti québécois mise sur une réduction de la taille de la fonction publique et des subventions aux entreprises. La CAQ et le Parti libéral, quant à eux, prévoient une hausse des transferts fédéraux, c’est-à-dire des fonds reçus du gouvernement canadien. Cependant, ces mesures pourraient ne pas suffire à compenser la hausse des coûts dans des secteurs clés comme la santé et l’éducation, où les dépenses augmentent deux à trois fois plus vite que les limites prévues par les cadres financiers des partis. Les subventions aux entreprises sont des aides financières accordées par l’État pour soutenir l’activité économique, tandis que la fonction publique désigne l’ensemble des employés travaillant pour l’administration gouvernementale.
Les partis politiques comptent sur des équipes économiques pour gérer les finances publiques s’ils remportent les élections. Le Parti québécois pourrait s’appuyer sur Nicolas Marceau, économiste et ancien ministre des Finances sous Pauline Marois (2012-2014), si ce dernier est élu. La CAQ n’a pas encore annoncé si Eric Girard, actuel ministre des Finances, serait reconduit dans ses fonctions. Le Parti libéral mise sur Michel Leblanc, ancien président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, et Frédéric Beauchemin, ancien banquier, parmi ses candidats. Cependant, ces équipes pourraient rencontrer des difficultés pour éviter une dégradation des finances publiques, notamment en raison de la hausse des taux d’intérêt et de la pression sur les dépenses sociales.

