La percée des houthistes au Yémen met les BRICS face à leurs divisions
L’ESSENTIEL Le sommet annuel des BRICS s’est tenu les 12 et 13 septembre 2026, à New Delhi, au moment même où, au Yémen, les houthistes s’emparaient du littoral de la mer Rouge et donc du stratégique détroit de Bal el-Mandeb. Le bloc, qui compte désormais 21 membres, est traversé par de nombreuses fractures, notamment sur le cas des houthistes, mais aussi sur bien d’autres sujets au Proche-Orient et ailleurs en Asie.
En septembre 2026, les forces houthistes, un groupe armé yéménite soutenu par l’Iran, ont pris le contrôle du port de Moka et de l’île de Mayyun au Yémen. Ces gains leur permettent de dominer le détroit de Bab el-Mandeb, une voie maritime stratégique reliant la mer Rouge à l’océan Indien. Ce détroit est crucial pour le commerce mondial, car environ 12 % du trafic maritime mondial y transite, incluant des millions de barils de pétrole par jour. Avant cette prise de contrôle, environ 9 millions de barils de pétrole empruntaient quotidiennement le détroit d’Ormuz, une autre voie maritime clé, mais ce chiffre a chuté à entre 3,7 et 6,4 millions en raison des tensions régionales. Les houthistes, en contrôlant Bab el-Mandeb, renforcent leur capacité à perturber le commerce maritime, ce qui a déjà entraîné une baisse significative du trafic dans le canal de Suez en Égypte, dépendant à 66 % de ces revenus en 2024.
Le 12 et 13 septembre 2026, les dirigeants des BRICS (un groupe de pays émergents incluant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Indonésie) se sont réunis à New Delhi pour leur 18ᵉ sommet annuel. Ce bloc représente 49,5 % de la population mondiale, 40 % du PIB mondial et 26 % du commerce mondial. Cependant, lors de cette réunion, aucune mention n’a été faite des tensions au Yémen, du détroit de Bab el-Mandeb ou des houthistes dans la déclaration finale. Cette omission reflète les profondes divisions au sein du groupe, incapable de s’accorder sur des positions communes face aux crises régionales.
La prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les houthistes a des répercussions économiques majeures. L’Arabie saoudite, par exemple, a dû arrêter son oléoduc Est-Ouest, conçu pour contourner le détroit d’Ormuz, après des frappes de drones pro-iraniens en Irak et la prise de contrôle du littoral yéménite par les houthistes. Cet oléoduc fonctionnait à pleine capacité avant ces événements. De plus, les assureurs maritimes considèrent désormais la mer Rouge comme un passage à haut risque, ce qui a fait augmenter les coûts d’assurance et dissuadé les armateurs d’emprunter cette route. Les Émirats arabes unis ont également suspendu tout commerce et transactions financières avec l’Iran en août 2026, après des attaques présumées de Téhéran contre des navires émiratis dans le détroit d’Ormuz.
La Chine et l’Inde, qui sont les deux plus grands importateurs de pétrole au monde, dépendent fortement du détroit d’Ormuz pour leurs approvisionnements énergétiques et leurs échanges commerciaux. Une alternative comme la route maritime du Nord (traversant l’Arctique) n’est pas encore viable à court terme. À l’inverse, la Russie bénéficie de la fermeture partielle des détroits contrôlés par l’Iran, car ses exportations de pétrole vers l’Inde et la Chine (qui représentent 80 % de ses ventes) sont moins affectées. La Russie et la Chine sont accusées de soutenir les houthistes : la Russie fournirait un soutien technique, tandis que des entreprises chinoises seraient impliquées dans des livraisons d’armes et des services de renseignement pour cibler les navires commerciaux.
Les BRICS sont traversés par de nombreuses divisions qui rendent difficile une position unifiée. L’Iran est en conflit ouvert avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, tandis que ces deux derniers pays s’opposent sur des dossiers comme le Yémen ou la Somalie. L’Inde et la Chine entretiennent des tensions récurrentes autour de leur frontière commune au Cachemire. La Chine est également en conflit avec le Vietnam et l’Indonésie en mer de Chine méridionale. Chaque élargissement des BRICS a réduit la capacité du groupe à s’accorder sur des positions communes. La déclaration finale du sommet de New Delhi s’est limitée à des appels vagues à la retenue, sans aborder les crises spécifiques du Moyen-Orient ou d’Asie.
L’incapacité des BRICS à s’exprimer d’une seule voix sur des crises comme celle du Yémen ou des détroits iraniens érode leur crédibilité en tant que porte-parole du **Sud global**, un ensemble de pays souvent marginalisés par l’ordre international actuel. Leur incapacité à proposer des solutions concrètes ou à condamner des actions spécifiques (comme la prise de contrôle de Bab el-Mandeb) montre que leur seule convergence reste une opposition symbolique aux États-Unis et à leurs alliés. Leur incapacité à gérer les conflits internes entre membres limite leur capacité à influencer les décisions mondiales, comme la réouverture des détroits de Bab el-Mandeb ou d’Ormuz, qui dépendra davantage de Téhéran, Washington et des marchés d’assurance maritimes que des BRICS.

