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Culture

Nuits et jours de Leonor Fini 8/9 : Leonor Fini (1907-1996), vie et œuvre d'une artiste libre

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 5 j

En 1998, Monette Berthommier consacre son émission "Une vie, une œuvre" à Leonor Fini. Elle y rencontre des proches et des amis de l’artiste, qui dressent un portrait tout en finesse d’une créatrice libre, entourée de chats, dotée d’une personnalité entière et qui mena toujours sa vie à sa guise..

Artiste libre et rebelle

Leonor Fini (1907-1996) est une peintre et créatrice argentine naturalisée française, connue pour son indépendance artistique et son refus des mouvements organisés. Elle a refusé de s’affilier au surréalisme, malgré son amitié avec des figures majeures comme Max Ernst ou Salvador Dalí. Pour elle, la peinture était une question de plaisir personnel, non de théorie : « Je n’ai jamais voulu appartenir à aucun groupe », déclarait-elle. Son œuvre, souvent qualifiée de maniériste ou baroque plutôt que surréaliste, explore des thèmes comme les sphinx, les femmes-chats ou les frontières entre les règnes humains, animaux et végétaux. Elle a également conçu des objets du quotidien, comme le flacon du parfum Shocking d’Elsa Schiaparelli en 1937, et collaboré avec des artistes comme Margot Fonteyn pour des costumes de scène.

Enfance à Trieste

Leonor Fini naît à Buenos Aires en 1907, mais passe son enfance à Trieste, en Italie, après que sa mère fuit l’Argentine avec elle pour échapper à son père, qui tentait de l’enlever. Pour la protéger, on la déguise en garçon, une pratique qui marque le début de son rapport au masque, à la fois comme nécessité et comme art de vivre. Trieste, ville portuaire de l’Empire austro-hongrois, est décrite comme un lieu culturellement riche, influencé par la littérature de Svevo et les premières explorations freudiennes. Fini y développe une fascination pour le sphinx du château de Miramare, qu’elle imaginait chevaucher enfant. Exclue de plusieurs écoles, elle apprend la peinture en autodidacte, principalement en étudiant les œuvres des musées.

Paris et les surréalistes

Dans les années 1930, Leonor Fini s’installe à Paris, où elle fréquente le milieu artistique et littéraire. Max Ernst la présente au groupe des surréalistes, mais elle entre rapidement en conflit avec André Breton, figure centrale du mouvement, qu’elle juge autoritaire. Un incident illustre cette tension : Breton interprète ses bas violets, achetés chez un fournisseur romain du clergé, comme une provocation anticléricale et veut l’entraîner à insulter des prêtres. Fini refuse catégoriquement, affirmant son refus de toute affiliation idéologique. Son œuvre, bien que proche du surréalisme par son exploration du fantastique, se distingue par son ancrage dans le réel : « Le vrai fantastique est habillé de réel », disait-elle. Elle peint des scènes oniriques peuplées de créatures hybrides, comme des femmes à tête de chat ou des voyageurs en transit, sans adhérer à une doctrine précise.

Vie théâtrale et excentrique

Leonor Fini mène une vie marquée par le théâtre et l’excentricité. Son appartement parisien de la rue de la Vrillière est un véritable labyrinthe où vivent une vingtaine de chats, animaux qui deviennent une partie intégrante de son univers créatif et personnel. Le peintre Michel Henricot, qui l’a connue jeune, décrit son parfum persistant, mêlé aux odeurs des félins, comme une expérience presque théâtrale, évoquant « l’impression d’entrer chez une dompteuse ». Fini cultive une image de tragédienne, mettant en scène ses colères et ses tenues extravagantes, comme un costume de hibou blanc porté au bal ou lors de ses séjours au monastère du Cap Corse. Elle vit pendant des décennies avec deux hommes, le peintre Stanislao Lepri et l’écrivain Constantin Jelenski, formant un trio dont la liberté relationnelle fascine son entourage.

Gravures et angoisses secrètes

En plus de sa peinture, Leonor Fini réalise de nombreuses gravures, souvent destinées à être commercialisées. Sa graveuse, Cécile Reims (épouse de Cécile Deux), se souvient d’une femme tourmentée derrière son image publique. Les gravures « aimables » qu’elle produit pour le marché contrastent avec une partie plus secrète de son œuvre, invendable, où transparaissent ses angoisses. Reims explique que ces dessins, souvent réalisés à l’encre de Chine, servaient de base à des variations thématiques, mais n’étaient pas de simples reproductions : « Il ne s’agit pas de refaire un dessin quand on fait une gravure ». Cette dualité entre façade et intimité reflète la complexité de sa personnalité, à la fois flamboyante et vulnérable.

Ce que ça pourrait changer

Leonor Fini laisse derrière elle une œuvre riche et éclectique, marquée par son refus des étiquettes. Son style, influencé par le maniérisme et le baroque, puise aussi dans la poésie de Baudelaire, notamment pour son goût de l’artifice et des apparences. Elle a collaboré avec des figures majeures de son époque, comme Elsa Schiaparelli pour le parfum *Shocking*, ou le chorégraphe Frederick Ashton pour des décors de ballet. Son appartement parisien, aujourd’hui disparu, était un lieu de rencontre pour des artistes et intellectuels, à l’image du salon de George Sand à Nohant. Deux ans après sa mort en 1996, France Culture consacre une émission à sa vie et son œuvre, *« Une vie, une œuvre »*, où des proches et amis, comme l’écrivain Angelo Rinaldi ou le philosophe Jean-Claude Dedieu, dressent un portrait nuancé de cette artiste inclassable.

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