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Semiconducteurs : ASML ne vend aucune machine en Europe

Next.ink · mis à jour 24 sept.

Frank Heemskerk, responsable des affaires publiques mondiales d’ASML, a déclaré que le groupe ne vend actuellement aucune machine en Europe, faute d’usines de semi-conducteurs en construction. Un constat que confirment les résultats trimestriels d’ASML, alors que l’Europe travaille à réviser sa législation sur les puces.

ASML, géant des machines

ASML est une entreprise néerlandaise spécialisée dans la fabrication de machines de lithographie par rayonnement UV, un procédé essentiel pour graver les puces électroniques les plus avancées. Ces machines, comme le Twinscan EXE:5000, permettent de produire des semi-conducteurs avec une précision extrême, mesurée en nanomètres (nm). Par exemple, les puces les plus récentes d'Apple utilisent une gravure de 2 nm, une performance que seules quelques entreprises au monde, comme TSMC (Taïwan) ou Samsung (Corée du Sud), maîtrisent actuellement. ASML domine ce marché, avec des ventes mondiales qui ont atteint environ 18 milliards d'euros au premier semestre 2026. Cependant, l'entreprise a déclaré ne vendre aucune machine en Europe, faute d'usines locales capables d'utiliser ces technologies de pointe.

L'Europe en retard

L'Europe est actuellement en retard dans la course aux semi-conducteurs. Selon un rapport de la Cour des comptes française d'avril 2026, l'Europe ne représente que 7 % des ventes mondiales de puces, toutes catégories confondues. La plupart des usines de production se trouvent en Asie, tandis que la conception des puces est majoritairement réalisée aux États-Unis. En 2020, seules Samsung et TSMC étaient capables de produire des puces en 5 nm, une technologie que l'Europe ne maîtrise pas encore. L'Europe ne dispose d'aucune capacité de production pour des semi-conducteurs de moins de 22 nm. Frank Heemskerk, responsable des affaires publiques d'ASML, a souligné ce retard lors d'un débat le 22 septembre 2026, déclarant que l'Europe risquait un décrochage face aux investissements massifs des États-Unis, de la Chine et de l'Inde.

Chips Act : échec partiel

L'Europe a tenté de rattraper son retard avec le Chips Act, une loi visant à relancer son industrie des semi-conducteurs. Cependant, ce plan a été critiqué pour son manque d'ambition et d'efficacité. Un rapport de la Cour des comptes européenne de 2025 qualifiait le premier Chips Act de texte « né dans l'urgence », sans évaluation complète ni étude d'impact. L'objectif initial de 20 % de parts de marché en 2030 a été abandonné en mai 2026, car jugé irréalisable. Emmanuel Macron a confirmé que cet objectif ne serait pas atteint. Le Chips Act 2.0, présenté en juin 2026, tente de corriger ces lacunes en mettant l'accent sur la demande et en simplifiant les procédures administratives, avec un délai maximal de 12 mois pour les autorisations.

ASML critique les subventions

Frank Heemskerk, responsable des affaires publiques d'ASML, a critiqué la stratégie européenne basée sur les subventions publiques. Selon lui, ces aides ne suffisent pas à relancer l'industrie des semi-conducteurs en Europe. Il propose plutôt de renforcer la demande en regroupant les besoins en cloud et datacenters entre entreprises et gouvernements, afin de créer une dynamique industrielle. Heemskerk plaide également pour des politiques prévisibles et stables, affirmant que « plus c'est ennuyeux, mieux c'est ». Il a également souligné l'importance de supprimer les barrières au sein du marché commun européen pour faciliter les investissements et la collaboration entre pays.

Projets européens en suspens

Malgré les efforts, certains projets d'usines de semi-conducteurs en Europe ont été abandonnés ou retardés. Par exemple, Intel avait prévu de construire une usine en Allemagne, mais ce projet a été annulé. En revanche, un partenariat entre TSMC, Bosch, Infineon et NXP, nommé ESMC, prévoit la construction d'une usine à Dresde en Allemagne, avec une production en volume prévue pour fin 2027 et une pleine capacité en 2029. Cependant, cette usine se concentrera sur des gravures moins avancées, entre 28/22 nm et 16/12 nm, loin des technologies de pointe comme le 2 nm utilisé par TSMC pour les puces Apple. ASML, qui vend ses machines aux leaders mondiaux, ne trouve donc pas de clients en Europe pour ses technologies les plus avancées.

Ce que ça pourrait changer

Les résultats financiers d'ASML illustrent la faible présence de l'Europe dans son marché. Au premier semestre 2026, l'entreprise a réalisé environ 18 milliards d'euros de ventes, mais seulement 407 millions d'euros (soit 2,24 %) proviennent de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique). Ce chiffre inclut l'ensemble des ventes, y compris les services. En 2025, ASML a enregistré une chute brutale de ses ventes par rapport à 2024, bien que l'entreprise ait vendu des machines à Intel pour son usine en Irlande, ouverte en 2023. Ces données confirment l'absence de demande européenne pour les machines les plus avancées d'ASML, faute d'usines locales capables de les exploiter.

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