Le totalitarisme numérique est-il inéluctable ?
L’essor de l’intelligence artificielle, des Big Tech et des technologies de surveillance bouleverse les rapports entre États, entreprises et citoyens. La convergence entre capitalisme de surveillance et dérives autoritaires pourrait conduire à un technofascisme ou à un totalitarisme numérique, comme l’illustrent les exemples de la Chine, des États-Unis et de la Russie.
L’article aborde l’évolution des technologies numériques en 2026, marquée par l’intelligence artificielle (IA), les Big Tech (géants technologiques comme Google, Meta, Amazon) et les systèmes de surveillance. Ces outils transforment les relations entre États, entreprises et citoyens. Par exemple, la Chine utilise l’IA pour analyser les données de surveillance et prédire les comportements des citoyens, comme dans le film Minority Report. Aux États-Unis, des entreprises comme Palantir, spécialisée dans les logiciels pour l’armée et la police, proposent une vision d’un futur numérique où l’État exerce un contrôle accru via des technologies militaires et une surveillance de masse. Ces évolutions soulèvent des questions sur l’équilibre entre innovation technologique et respect des libertés individuelles.
Le capitalisme de surveillance, concept développé par la philosophe Shoshana Zuboff, désigne un système où les entreprises technologiques (comme Google, Meta ou Amazon) collectent et analysent les données personnelles des utilisateurs pour en tirer profit. Ces données sont utilisées à des fins publicitaires, pour influencer les comportements ou entraîner des intelligences artificielles. Par exemple, en mai 2026, Instagram (Meta) a désactivé le chiffrement de bout en bout de ses messages privés, rendant les conversations accessibles à l’entreprise et potentiellement aux services secrets. Ce modèle économique repose sur la collecte massive de données, souvent à l’insu des utilisateurs, et permet aux entreprises de détenir un pouvoir économique et politique considérable.
Le technofascisme désigne une forme de totalitarisme où les technologies numériques sont utilisées pour imposer un contrôle idéologique et réprimer les oppositions. Aux États-Unis, des dirigeants de Big Tech (comme Mark Zuckerberg de Meta ou Sam Altman d’OpenAI) ont soutenu financièrement Donald Trump après son élection en 2024, levant un total de 239 millions d’euros pour sa cérémonie d’investiture. En échange, Trump a renforcé la surveillance de masse, ciblant non seulement les extrémistes, mais aussi les critiques des technologies. Ce phénomène montre comment les entreprises technologiques peuvent s’allier au pouvoir politique pour étendre leur influence et normaliser des pratiques autoritaires sous couvert de sécurité ou d’efficacité.
Plusieurs pays illustrent les dérives autoritaires liées aux technologies numériques. En Russie, le régime de Vladimir Poutine a étendu son contrôle numérique après le début de la guerre en Ukraine en 2022. Le système inclut une interception généralisée des communications (appels, messages), un accès direct du FSB aux données des opérateurs, et une collecte de données biométriques. Des institutions comme l’Institut de philosophie russe ont été ciblées pour des projets jugés non conformes à l’idéologie du Kremlin. Ces mesures transforment l’autoritarisme en totalitarisme numérique, où l’État contrôle non seulement la sphère politique, mais aussi culturelle et intellectuelle, via des outils technologiques.
L’article met en garde contre les risques pour les libertés publiques et le pluralisme dans un monde dominé par les technologies numériques. Les algorithmes des Big Tech peuvent influencer les opinions en exploitant les faiblesses individuelles, tandis que les États autoritaires utilisent ces outils pour censurer, surveiller et réprimer. Par exemple, en Albanie, un ministre-IA a été créé, réduisant l’espace pour l’esprit critique. Ces évolutions menacent la démocratie en normalisant la surveillance et en limitant la diversité des idées. L’article souligne l’urgence de réguler ces technologies pour éviter une société où les citoyens seraient « enchaînés » par des algorithmes au service d’un pouvoir autoritaire.
Face à ces risques, l’article propose des solutions pour encadrer le développement technologique. L’Union européenne a adopté des règlements comme le *DMA* (Digital Markets Act) et le *DSA* (Digital Services Act) pour limiter le pouvoir des géants technologiques, et l’*AI Act* pour réguler l’intelligence artificielle. Ces textes visent à interdire des technologies dangereuses, comme les systèmes de crédit social ou les armes autonomes sans supervision humaine. L’objectif est de préserver les droits et libertés des citoyens, en réduisant l’influence des algorithmes sur les décisions politiques, l’éducation ou la censure. Ces mesures montrent qu’une gouvernance démocratique des technologies est possible, mais nécessite une action rapide et coordonnée.

