L’accord sur le gazole, un “coup de cavalier” de Poutine qui fragilise l’Ukraine
Après un échange avec Vladimir Poutine le 9 octobre, Donald Trump a levé pour six mois une partie des sanctions américaines visant le gazole russe. La presse proche du Kremlin savoure une victoire diplomatique qui pourrait contraindre l’Ukraine à cesser ses frappes sur les raffineries russes..
Le 9 octobre 2026, Donald Trump, président des États-Unis, et Vladimir Poutine, président de la Russie, ont conclu un accord permettant la levée partielle des sanctions américaines contre le gazole (ou diesel) russe. Cette levée est valable pour une durée de six mois, jusqu’au 7 avril 2027. Les sanctions américaines, imposées depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, interdisaient l’importation, le transport, le financement et l’assurance du carburant russe. L’accord autorise désormais ces activités et prévoit des livraisons de gazole russe vers les États-Unis : 300 000 tonnes immédiatement, 500 000 tonnes en novembre 2026, puis 1 million de tonnes supplémentaires. Cet accord a été négocié directement entre les deux dirigeants, sans consultation préalable de l’Ukraine, ce qui marque une rupture avec les positions précédentes des États-Unis.
Les médias russes proches du Kremlin ont salué cet accord comme une victoire diplomatique majeure. Plusieurs titres, dont le Komsomolskaïa Pravda et le Moskovski Komsomolets, ont qualifié cette décision de coup de cavalier, une expression empruntée au jeu d’échecs pour désigner une manœuvre stratégique inattendue. Les journaux russes mettent en avant la capacité de Poutine à exploiter les faiblesses de son adversaire, ici Donald Trump, en lui offrant une baisse des prix à la pompe à l’approche des élections de mi-mandat américaines du 3 novembre 2026. Les médias soulignent également que cet accord pourrait contraindre l’Ukraine à cesser ses frappes sur les raffineries russes, sous peine de perturber les livraisons de gazole vers les États-Unis.
L’Ukraine, déjà fragilisée par la guerre, pourrait subir un nouveau revers avec cet accord. Depuis juillet 2026, les raffineries russes sont ciblées par des drones ukrainiens, provoquant une pénurie de carburant en Russie. Les médias russes suggèrent que Kiev pourrait être contraint de stopper ces attaques pour éviter de compromettre les livraisons de gazole vers les États-Unis. Le Moskovski Komsomolets titre même que l’accord a fait sortir Volodymyr Zelensky de ses gonds, faisant référence au président ukrainien. Certains analystes, comme Konstantin Soukhoverkhov, estiment que Washington pourrait désormais considérer les frappes ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières russes comme des attaques contre l’accord lui-même, ce qui compliquerait davantage la position de l’Ukraine.
Le gazole, ou diesel, est un carburant essentiel pour les transports, l’agriculture et l’industrie. La Russie, l’un des plus grands producteurs mondiaux de pétrole, exporte traditionnellement une partie de sa production de gazole. Les sanctions américaines de 2022 avaient fortement réduit ces exportations, privant la Russie d’une source majeure de revenus. L’accord du 9 octobre 2026 permet à la Russie de relancer partiellement ses exportations, tout en offrant aux États-Unis une baisse des prix à la pompe, un argument politique important pour Donald Trump en période électorale. Les volumes livrés dépendront cependant de l’état des raffineries russes, qui reste incertain en raison des attaques ukrainiennes.
Donald Trump a présenté cet accord comme une victoire pour les consommateurs américains, promettant une baisse des prix du carburant. Il a également montré qu’il pouvait négocier directement avec Moscou, sans attendre de concessions de la part de Kiev, une approche qualifiée de rupture par certains analystes russes. Cette décision s’inscrit dans un contexte où Trump a déjà suggéré, après les critiques ukrainiennes, que les Ukrainiens pourraient remplacer Volodymyr Zelensky. Cependant, l’accord reste controversé, notamment parce qu’il pourrait affaiblir la position de l’Ukraine dans le conflit. Andreï Kortounov, politologue russe, note que le balancier de Washington semble s’être de nouveau éloigné de l’Ukraine, sans pour autant prédire un rapprochement durable entre les États-Unis et la Russie.
Le 11 octobre 2026, Donald Trump a annoncé un *cessez-le-feu énergétique* entre Kiev et Moscou, une trêve visant à stopper les attaques sur les infrastructures pétrolières. Cependant, cette annonce reste incertaine. Le 12 octobre, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a simplement indiqué que *les contacts se poursuivent*, sans confirmer l’existence d’une telle trêve. Parallèlement, l’Ukraine signalait de nouvelles frappes russes, illustrant la fragilité de cet accord. Les médias russes, comme *Rossiïskaïa Gazeta*, suggèrent que Washington pourrait désormais considérer les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes comme des attaques contre l’accord lui-même, ce qui renforcerait la pression sur Kiev.

