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Économie

Quel est le profil des jeunes qui tolèrent la violence?

Telos · mis à jour il y a 16 j

Une large enquête sur les jeunes menée en 2021 comportait un jeu de questions sur le rapport à la violence politique, qui permet d’identifier trois filières de socialisation à la violence politique: la première directement politique, la deuxième économique et sociale et la troisième associée à l’origine territoriale et nationale..

Tolérance à la violence

En 2021, une enquête menée auprès de 8 000 jeunes âgés de 18 à 24 ans en France a révélé un niveau élevé de tolérance à la violence politique. Parmi ces jeunes, 22 % considéraient comme justifié d'utiliser la violence pour protester, exprimer sa colère ou défendre ses idées. Ce taux est supérieur à celui des générations précédentes : 16 % pour les parents des jeunes interrogés et seulement 10 % pour les baby-boomers. Cette tolérance se manifeste également face à des actes violents spécifiques, comme les affrontements avec la police, que 40 % des jeunes trouvent acceptables ou compréhensibles, soit près du double des générations plus âgées. Les dégradations de commerces ou d'établissements publics sont en revanche massivement condamnées, bien que 12 % à 18 % des jeunes les justifient ou les comprennent.

Filières de socialisation

L'enquête a identifié trois principales filières associées à la tolérance à la violence politique chez les jeunes. La première est politique : 46 % des jeunes proches de La France Insoumise (LFI) adoptent une tolérance élevée à la violence, contre 30 % pour ceux proches du Rassemblement National (RN) et 23 % pour ceux sans affiliation politique. La deuxième filière est économique : 35 % des jeunes en grande précarité financière tolèrent la violence, contre 26 % en moyenne. Enfin, la troisième filière est territoriale et d'origine, avec 38 % des jeunes d'origine étrangère et 34 % de ceux résidant dans les quartiers prioritaires de la ville (QPV) affichant une tolérance élevée. Ces filières peuvent se combiner, notamment pour les jeunes d'origine étrangère ou musulmane, qui perçoivent un racisme systémique dans la société française.

Rôle de la précarité

La précarité financière joue un rôle clé dans la tolérance à la violence. Parmi les jeunes déclarant ne pouvoir y arriver sans faire de dettes, 35 % se situent dans la tranche la plus élevée de l'indicateur de tolérance à la violence. Cette précarité est plus marquée chez les jeunes d'origine étrangère (8 % contre 6 % en moyenne), bien que cette surreprésentation soit légère. La colère et la frustration liées à ces difficultés économiques peuvent conduire à justifier des actes violents, comme les dégradations ou les affrontements avec les forces de l'ordre. Cependant, les jeunes issus des classes populaires (parents ouvriers ou employés) ne sont pas surreprésentés parmi les plus tolérants à la violence.

Origine et territoire

Les jeunes d'origine étrangère et ceux résidant dans les QPV montrent une tolérance plus élevée à la violence, indépendamment de leur situation économique. Parmi ces jeunes, 38 % et 34 % respectivement se situent dans la tranche la plus élevée de l'indicateur. Cette tolérance est souvent liée à une perception d'ostracisme ou de racisme systémique dans la société française. Par exemple, 60 % des jeunes d'origine extra-européenne et 65 % des jeunes de confession musulmane sont d'accord avec l'affirmation selon laquelle la France, en raison de son passé colonial, est et restera raciste. Cette conviction renforce l'adhésion à la justification de la violence politique, avec 45 % des jeunes convaincus d'un racisme systémique se situant dans la tranche haute de l'indicateur.

Rapport aux institutions

Le rapport aux institutions, notamment à la police, est fortement corrélé à la tolérance à la violence. Les jeunes qui justifient le plus les affrontements avec la police sont ceux qui déclarent être fréquemment contrôlés et considérer ces contrôles comme excessifs. L'enquête ne permet pas de déterminer si ces jeunes sont contrôlés parce qu'ils adoptent des comportements violents ou s'ils justifient la violence en réaction à des contrôles perçus comme injustes. Par ailleurs, une culture de la déviance, incluant des comportements comme ne pas payer son billet de train ou conduire sans permis, est associée à une tolérance accrue à la violence politique. Le coefficient de corrélation entre ces deux indicateurs est de 0,35, indiquant un lien significatif.

Ce que ça pourrait changer

L'enquête *Jeunesse plurielle* de 2021, menée par l'Institut Montaigne, reste une référence malgré son ancienneté. Elle révèle que la tolérance à la violence est un phénomène complexe, influencé par des facteurs politiques, économiques, territoriaux et identitaires. Les jeunes proches de LFI, en situation de grande précarité financière, ou issus de milieux défavorisés ou d'origine étrangère sont surreprésentés parmi ceux qui tolèrent la violence. Cependant, l'enquête ne permet pas d'établir de lien de causalité directe entre ces facteurs et les actes violents observés lors d'événements comme les émeutes du 17 octobre. Les jeunes les plus organisés ou déterminés pourraient avoir échappé aux interpellations, limitant la portée des conclusions.

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