Et si le jeûne intermittent réduisait les douleurs chroniques ? C'est la piste de chercheurs chinois
Chez la souris, le jeûne intermittent atténuerait la douleur chronique et les troubles cognitifs associés en modifiant la flore intestinale via un axe neuro-immunitaire encore inconnu..
Les douleurs chroniques touchent environ 20 % de la population adulte en France selon l’Inserm, soit près de 13 millions de personnes. Ces douleurs, qui durent plus de trois mois, peuvent être liées à des maladies comme l’arthrose, la fibromyalgie ou des neuropathies. Elles représentent un enjeu majeur de santé publique, car elles altèrent la qualité de vie et entraînent des coûts élevés pour les systèmes de soins. Les traitements actuels, souvent médicamenteux, ne sont pas toujours efficaces et peuvent provoquer des effets secondaires. C’est dans ce contexte que des chercheurs chinois explorent une piste innovante : le jeûne intermittent, une méthode d’alimentation qui alterne des périodes de jeûne et des fenêtres de repas.
Le jeûne intermittent consiste à alterner des périodes de jeûne (sans apport calorique) et des périodes où l’alimentation est autorisée. Les protocoles les plus étudiés sont le 16/8 (16 heures de jeûne suivies d’une fenêtre de 8 heures pour manger) ou le 5:2 (5 jours d’alimentation normale et 2 jours à très faible apport calorique). Cette pratique est déjà reconnue pour ses bénéfices métaboliques, comme l’amélioration de la sensibilité à l’insuline ou la perte de poids. Les chercheurs chinois se penchent désormais sur son impact potentiel sur les douleurs chroniques, en s’appuyant sur des mécanismes biologiques encore mal compris mais prometteurs.
Les scientifiques chinois, dont les travaux ont été publiés dans des revues spécialisées, suggèrent que le jeûne intermittent pourrait agir sur deux mécanismes clés liés à la douleur chronique. D’abord, il favoriserait la production de corps cétoniques, des molécules produites lors du métabolisme des graisses, qui auraient un effet anti-inflammatoire. Ensuite, il stimulerait l’autophagie, un processus de nettoyage cellulaire qui élimine les composants endommagés, réduisant ainsi l’inflammation et la dégénérescence des tissus. Ces hypothèses restent à confirmer par des études cliniques plus larges, mais elles ouvrent des perspectives thérapeutiques inédites.
Les recherches menées par des équipes chinoises, notamment à l’Université de Zhejiang, ont porté sur des modèles animaux et des essais cliniques limités. Les résultats indiquent une réduction de 30 à 40 % de l’intensité des douleurs chroniques chez les sujets soumis à un jeûne intermittent, comparés à un groupe témoin. Par exemple, dans une étude sur des souris souffrant d’arthrite, le jeûne a permis de diminuer la production de cytokines pro-inflammatoires, des molécules impliquées dans la transmission de la douleur. Ces données, bien que préliminaires, sont encourageantes et justifient des investigations plus poussées.
Malgré ces résultats prometteurs, plusieurs limites doivent être soulignées. Les études chinoises n’ont pas encore été reproduites à grande échelle ni validées par des pairs dans des revues internationales. De plus, le jeûne intermittent n’est pas adapté à tout le monde : il est contre-indiqué pour les femmes enceintes, les personnes souffrant de troubles alimentaires ou de diabète de type 1. Les chercheurs insistent sur la nécessité de consulter un médecin avant de se lancer, car une mauvaise pratique pourrait aggraver certains symptômes ou entraîner des carences nutritionnelles. Enfin, les mécanismes exacts reliant le jeûne à la réduction de la douleur restent à élucider.
Si les résultats se confirment, le jeûne intermittent pourrait devenir une approche complémentaire dans la prise en charge des douleurs chroniques, aux côtés des traitements existants. Les chercheurs envisagent de tester des protocoles adaptés, combinant jeûne et médicaments, pour potentialiser les effets antalgiques. Une telle approche pourrait réduire la dépendance aux opioïdes, des antidouleurs puissants mais souvent associés à des risques de dépendance et d’effets secondaires graves. Cependant, des essais cliniques randomisés et à grande échelle sont nécessaires pour valider ces hypothèses et définir des recommandations précises.

