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Environnement

«Montrer qu’il y a d’autres modèles possibles» : face aux géants des mers, une initiative inédite aide les petits pêcheurs à se lancer

Vert.eco · mis à jour il y a 24 j

Face à la concentration des navires et des droits de pêche aux mains de géants du secteur, Mer de liens achète des bateaux grâce à l'épargne citoyenne pour permettre à de jeunes artisan·nes de lancer leur activité. Initiée en décembre 2025, cette démarche inédite a permis d'installer un premier pêcheur dans la Manche..

Un modèle innovant

En décembre 2025, l’association Pleine mer a lancé Mer de liens, une société de pêche citoyenne et solidaire inspirée de Terre de liens (une foncière agricole qui achète des terres pour les paysans bio). Contrairement aux modèles traditionnels, Mer de liens achète des bateaux pour les revendre à des pêcheurs artisanaux à des conditions avantageuses. Cette initiative, inédite dans le secteur de la pêche, vise à soutenir des pratiques durables et à faciliter l’installation de nouveaux acteurs. Baptiste Vannier, 28 ans, est l’un des premiers bénéficiaires : il a pu acquérir un bateau grâce à un prêt à taux très bas (1%) et à une levée de fonds citoyenne. Le projet s’appuie sur l’épargne solidaire, où les épargnants s’engagent à laisser leur argent au moins cinq ans pour financer l’achat des bateaux.

Un système inégal

Le secteur de la pêche en France et en Europe est marqué par des inégalités structurelles. Les licences de pêche, nécessaires pour exercer, sont souvent attribuées en fonction des quotas historiques, c’est-à-dire des quantités de poissons pêchées par un navire dans le passé. Les bateaux sont ensuite revendus avec leurs quotas, ce qui alimente la spéculation et fait grimper les prix. Par exemple, un bateau peut coûter jusqu’à 200 000 €, un montant inaccessible pour un jeune pêcheur. Augustin Malliart, codirecteur de Mer de liens, explique que ce système favorise les acteurs industriels au détriment des artisans, sans tenir compte de l’impact environnemental des méthodes de pêche. Entre 2000 et 2025, près d’un tiers des navires de moins de 12 mètres ont disparu en France.

Financement citoyen

Pour contourner ces obstacles, Mer de liens fonctionne grâce à l’épargne citoyenne. En 2026, l’association a levé 75 000 € pour l’achat du bateau de Baptiste Vannier, sur un objectif de 200 000 €. Les fonds proviennent de particuliers, mais aussi de personnalités comme la navigatrice Isabelle Autissier ou la journaliste Inès Léraud. Les épargnants s’engagent à bloquer leur argent pendant au moins cinq ans, ce qui permet à Mer de liens de financer l’achat des bateaux et de garantir la stabilité de son modèle. Le pêcheur rembourse ensuite son prêt à taux très bas (1%), tout en bénéficiant d’un accompagnement pour structurer son projet et trouver des partenaires commerciaux.

Engagements durables

Les pêcheurs soutenus par Mer de liens doivent signer une charte pour une pêche plus durable, élaborée par le comité scientifique de l’association. Cette charte impose plusieurs engagements : diversifier les espèces ciblées, réduire l’impact sur les fonds marins, respecter les quotas et la réglementation, et optimiser la consommation de carburant. Baptiste Vannier, par exemple, souhaite relancer la pêche en plongée de coquilles Saint-Jacques en Normandie, une méthode qui prélève les coquillages un par un et limite l’impact environnemental. Augustin Malliart souligne que ces pratiques, bien que logiques, ne sont pas toujours respectées dans le secteur, faute de contrôles fréquents.

Ce que ça pourrait changer

Bien que *Mer de liens* ambitionne de montrer qu’il existe d’autres modèles possibles, ses fondateurs reconnaissent que son impact restera limité face à l’hégémonie de la pêche industrielle. L’objectif est plutôt de soutenir des projets qui n’auraient pas pu aboutir sans cette aide. L’association espère accompagner trois à quatre installations par an, avec une nouvelle levée de fonds prévue à la rentrée 2026 pour financer deux projets en Bretagne à partir de 2027. Augustin Malliart précise que l’enjeu n’est pas de concurrencer les géants de la pêche, mais de préserver un modèle artisanal et durable, tout en redonnant aux jeunes pêcheurs l’accès à une activité viable.

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