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France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 14 j

En écho à l’exposition "Ghana ! Rêver l’indépendance (1957-1976)" à Arles, le philosophe Mathieu Potte-Bonneville remonte jusqu'à Eugène Atget pour chercher la façon dont la photographie peut faire signe à ce qui n'existe pas encore et porter, depuis le passé, des promesses d'avenir..

Un podcast philosophique

L'article est un extrait du podcast La Carte postale de Mathieu Potte-Bonneville, diffusé sur France Culture le 6 septembre 2026. Ce podcast, d'une durée de 4 minutes, s'inscrit dans une série où le philosophe explore des thèmes variés à travers des correspondances imaginaires. Mathieu Potte-Bonneville est philosophe et directeur du département Culture et création du Centre Pompidou. Le podcast s'appuie sur des références culturelles et artistiques, comme l'exposition Ghana! Rêver l'indépendance (1957-1976) à Arles, pour aborder des questions philosophiques contemporaines.

La post-vérité et ses limites

L'auteur s'interroge sur la notion de post-vérité, un terme popularisé pour décrire une époque où les mensonges semblent dominer et où la vérification des faits devient secondaire. Mathieu Potte-Bonneville propose une interprétation alternative : la post-vérité pourrait aussi désigner des vérités d'après, c'est-à-dire des idées ou des présages qui émergent dans un présent incertain et qui cherchent à devenir réalité. Cette réflexion invite à repenser la vérité non comme un absolu figé, mais comme un processus dynamique et évolutif. Le terme post-vérité est utilisé ici pour souligner une rupture avec une conception traditionnelle de la vérité, où celle-ci serait immédiatement accessible et vérifiable.

La photographie comme promesse

L'article explore le rôle de la photographie dans la représentation des promesses d'avenir. L'auteur cite Eugène Atget, un photographe français du début du XXe siècle, connu pour ses clichés des rues et des bâtiments parisiens. Contrairement à une vision moderniste, Atget ne cherche pas à immortaliser l'innovation ou le progrès, mais plutôt à documenter une époque révolue. Cependant, ses images révèlent une tension entre netteté et flou : les passants, saisis en mouvement, apparaissent comme des silhouettes évanescentes, suggérant un futur incertain. Cette dualité illustre comment la photographie peut capturer à la fois le passé et les possibilités d'avenir.

Atget et la temporalité

Eugène Atget utilisait une chambre photographique, un appareil nécessitant un temps de pose long, ce qui influençait la netteté des images. Les passants, en mouvement, laissaient une trace floue sur la plaque sensible, créant une impression de présence spectrale. Cette technique met en lumière la temporalité de la photographie : le temps nécessaire pour capturer une image et le temps qui s'écoule entre le moment de la prise de vue et celui de la perception. Le philosophe Roland Barthes, dans La Chambre claire, avait déjà souligné que la photographie est liée au passé, car elle capture un instant qui ne peut plus être répété (ça a été). Atget, lui, montre que cette temporalité peut aussi inclure des promesses d'avenir.

Man Ray et l'inspiration

Les images floues d'Atget ont inspiré des artistes comme Man Ray, qui voyait dans ces silhouettes évanescentes une forme de poésie visuelle. Man Ray, artiste surréaliste américain, a été fasciné par la capacité de la photographie à capturer l'éphémère et l'imperceptible. Cette fascination illustre comment une œuvre photographique peut transcender son époque et inspirer de nouvelles interprétations. Les deepfakes, ces images truquées générées par intelligence artificielle, sont cités comme un contraste moderne avec la photographie traditionnelle, où la véracité est souvent remise en question.

Ce que ça pourrait changer

L'article s'inscrit dans le contexte de l'exposition *Ghana! Rêver l'indépendance (1957-1976)* à Arles, qui explore les rêves et les aspirations liés à l'indépendance du Ghana. Cette exposition sert de point de départ à une réflexion plus large sur la manière dont les images peuvent porter des promesses d'avenir, même dans un passé révolu. Les Rencontres de la photographie d'Arles, un festival international, sont mentionnées comme un lieu où ces questions sont débattues. L'exposition et le podcast s'inscrivent dans une démarche où l'art et la philosophie se rencontrent pour interroger le présent et l'avenir.

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