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La mythologie chinoise 7/10 : Monstres et fantômes

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 23 j

Dans la tradition chinoise, monstres et fantômes ne sont presque jamais de simples créatures destinées à faire peur. Morts oubliés, esprits en colère, démons métamorphoses, renardes séduisantes, cadavres animés popularisés par le cinéma de Hong Kong : ils habitent les contes, les temples et l'écran..

Monstres et fantômes chinois

Dans la tradition chinoise, les monstres et les fantômes ne sont pas de simples créatures effrayantes, mais des figures symboliques liées à des questions humaines comme la mémoire, la famille, la culpabilité ou le deuil. Ils peuplent les contes, les temples et le cinéma, reflétant une vision où le monde des vivants et celui des morts se superposent. Par exemple, les jiāngshī sont des cadavres raidis, comparables à des machines charnelles qui absorbent le souffle ou le sang des vivants sans intention malveillante. Les guǐ, en revanche, sont des âmes en peine, souvent des morts injustement traités (exécutés, suicidés) ou enterrés loin de leur foyer, qui cherchent à régler des comptes avec les vivants. Certains deviennent même des dieux, comme l'empereur Guan, ancien général devenu dieu du commerce après sa mort.

La personne en deux âmes

Les Chinois conçoivent la personne comme composée de deux types d'âmes : les hún, plus spirituelles, et les , liées au corps et à la matière. Lors des rites funéraires, si ces derniers ne sont pas respectés, les peuvent errer et devenir des présences inquiétantes. Par exemple, les jiāngshī sont des corps où l'âme reste piégée, les transformant en entités hostiles. Les guǐ, quant à eux, sont des âmes hún en peine, capables de se manifester pour réclamer justice ou vengeance. Cette dualité explique pourquoi les morts en Chine sont souvent considérés comme des êtres ambivalents, entre menace et nécessité de respect.

Géographie des enfers

Dans la mythologie chinoise, les enfers sont un lieu composite, mélangeant des traditions indiennes et chinoises. Le défunt y traverse dix cours, chacune présidée par un roi, avant de boire le breuvage de la mère Mongue, qui efface sa mémoire pour une nouvelle incarnation. Le quinzième jour du septième mois lunaire, lors du mois des fantômes, les portes des enfers s'ouvrent, et les vivants doivent apaiser les morts en leur offrant nourriture et monnaie de papier brûlée. Ce rituel montre l'importance de maintenir un lien entre les vivants et les morts pour éviter leur colère. Confucius lui-même évitait d'en parler, déclarant : « J'ai tant de mal à comprendre la vie. Comment voudriez-vous que je vous explique la mort ? ».

Les renardes, esprits ambivalents

La figure du renard, et surtout de la renarde, incarne l'ambivalence des esprits chinois. Dans les croyances anciennes, les renards (húli jīng) sont associés à des regards humains, des cris comparables à ceux des nouveau-nés ou à des rires démoniaques, et une capacité à se métamorphoser en séduisant les hommes pour absorber leur yang (énergie masculine) et acquérir l'immortalité. Sous la dynastie Ming et Qing, des conteurs comme Pu Songling ont humanisé ces créatures, en faisant des figures romantiques et sentimentales, symboles de relations interdites ou de liberté amoureuse. Par exemple, dans la Légende du Serpent blanc, une serpente amoureuse est emprisonnée par un moine exorciste, illustrant à la fois la peur et la fascination pour ces êtres surnaturels.

Fantômes et pouvoir politique

L'imaginaire des fantômes en Chine a aussi une dimension politique. Sous Mao, le régime qualifiait ses adversaires de démons serpents ou de démons à tête de buffle, mais c'est lui qui a produit massivement des fantômes. La période du Grand Bond en avant (1958-1962), marquée par une famine ayant causé près de 40 millions de morts, a généré une telle souffrance que les survivants ont vu des fantômes partout. En 1963, le Parti communiste chinois a même interdit les pièces de théâtre mettant en scène des fantômes, comme Li Huiniang, pour éviter que ces récits ne deviennent des critiques voilées du régime. Le fantastique chinois s'est alors réfugié à Hong Kong et Taïwan, où des films comme A Chinese Ghost Story (1987) ou Mr. Vampire (1985) ont popularisé ces créatures.

Cinéma et mémoire des morts

Le cinéma chinois a souvent utilisé les fantômes pour évoquer des traumatismes historiques ou des tabous. Par exemple, le cinéaste Wang Bing a documenté dans Les Âmes mortes les ossements des victimes de la famine du Grand Bond en avant, montrant comment ces morts restent « suspendues dans l'air », sans sépulture ni rituel. À l'inverse, des films comme Chungking Express (1994) de Wong Kar-wai ou Le Fantôme enchanteur (2020) présentent des fantômes bienveillants, reflétant une vision plus moderne et nuancée. Les adaptations de contes comme La Légende du Serpent blanc ou White Snake (2019) montrent aussi comment ces récits, initialement critiques envers l'ordre patriarcal, ont été réinterprétés pour défendre les droits des femmes, bien que leur condition réelle n'ait pas évolué.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les interdits politiques, les fantômes chinois ont persisté dans la culture populaire, notamment à travers le cinéma de Hong Kong et Taïwan. Des œuvres comme *A Chinese Ghost Story* ou *Madam White Snake* (1962) ont popularisé des figures comme les *jiāngshī* ou les serpentes amoureuses, tout en les modernisant. Même sous Mao, où le réalisme social soviétique dominait, les fantômes continuaient d'apparaître, comme le notait un lettré du XIXe siècle : *« La situation est si terrible que même les fantômes fuient »*. Aujourd'hui, des films d'animation comme *White Snake* (2019) ou *Green Snake* (2021) réinventent ces mythes pour un public contemporain, montrant que les fantômes chinois restent un miroir des peurs, des espoirs et des contradictions de la société.

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