China Capital : dans les coulisses de la plus grande banque du monde.
L’ICIJ et 23 médias révèlent, après l’analyse de 5 millions de documents, comment ICBC, première banque mondiale, aurait contourné des règles pour financer des entreprises et acteurs sous sanctions, au service des intérêts géopolitiques de Pékin..
L’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) est présentée comme la plus grande banque du monde, avec des actifs s’élevant à 8 000 milliards de dollars et près de 800 millions de clients. Il s’agit d’une banque commerciale, c’est-à-dire une institution financière privée qui propose des services bancaires classiques comme les comptes courants, les prêts ou les placements. Cependant, une grande partie de ses actions est détenue par l’État chinois, ce qui signifie qu’elle est étroitement liée au gouvernement de Pékin. Cette banque joue un rôle central dans l’économie chinoise et internationale, mais son influence dépasse le cadre purement financier, comme le révèle une enquête récente. L’ICBC est souvent citée comme un outil clé pour la stratégie économique et géopolitique de la Chine.
Une enquête intitulée China Capital a été publiée par l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) et 23 médias partenaires, dont Le Monde, The Times, Der Spiegel ou L’Espresso. Cette enquête repose sur l’analyse de 5 millions de documents confidentiels. Elle a mobilisé 75 journalistes à travers le monde, coordonnés par Scilla Alecci, journaliste d’investigation primée par un prix Pulitzer pour les Panama Papers. L’objectif était d’éclairer les pratiques de l’ICBC, notamment ses liens avec des entreprises ou acteurs sous sanctions internationales, et son rôle dans la mise en œuvre des objectifs géopolitiques de la Chine. Cette enquête s’inscrit dans une démarche de transparence et de journalisme d’investigation.
L’enquête révèle que l’ICBC aurait contourné des règles internationales pour financer des entreprises ou des acteurs placés sous sanctions par des pays occidentaux. Ces sanctions sont des mesures restrictives imposées par des États ou des organisations internationales (comme l’ONU ou l’UE) à des entités ou individus jugés dangereux, par exemple pour des raisons de sécurité nationale ou de violations des droits humains. En facilitant ces financements, l’ICBC aurait agi en faveur des intérêts géopolitiques de Pékin, en soutenant des régimes ou des entreprises alignés sur la politique étrangère chinoise. Ces pratiques soulèvent des questions sur le respect des normes financières internationales et les risques de blanchiment d’argent ou de financement d’activités illégales.
L’ICBC ne se limite pas à une fonction bancaire classique : elle serait utilisée comme un levier par la Chine pour étendre son influence à l’échelle mondiale. En contournant les sanctions et en finançant des acteurs stratégiques, la banque contribuerait à renforcer la position de Pékin sur la scène internationale. Cette stratégie s’inscrit dans le cadre plus large de la *diplomatie économique* chinoise, où les institutions financières jouent un rôle clé pour soutenir les entreprises et les projets chinois à l’étranger. L’enquête met en lumière comment une banque privée, bien que partiellement contrôlée par l’État, peut servir des objectifs politiques, ce qui interroge sur la frontière entre intérêts économiques et géopolitiques.

