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Culture

Pierre II Petrović-Njegoš. Prince évêque et poète

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 15 j

Une émission sur Pierre II Petrović-Njegoš, prince et évêque du Monténégro né en 1813 et mort en 1851, très attaché à la culture française, à l’occasion de la parution du nouvel ouvrage de Lioubomir Mihailovitch, aux éditions Salvator.

Qui était Pierre II

Pierre II Petrović-Njegoš (1813–1851) était un prince-évêque du Monténégro, une région des Balkans aujourd’hui indépendante mais à l’époque sous pression des empires autrichien et ottoman. Il a marqué l’histoire par son double rôle de dirigeant politique et de chef religieux orthodoxe, tout en étant reconnu comme le plus grand poète de la littérature serbe. Son règne, qui a duré de 1830 à sa mort, s’est caractérisé par une volonté de modernisation de son pays et une défense farouche de son identité culturelle face aux influences étrangères. Il a notamment lutté contre l’expansion ottomane dans les Balkans, tout en cherchant à préserver l’autonomie du Monténégro. Son héritage mêle donc engagement politique, spiritualité et création littéraire, faisant de lui une figure majeure de l’histoire serbe et monténégrine.

Prince et évêque

En tant que prince-évêque, Pierre II Petrović-Njegoš cumulait deux fonctions distinctes mais complémentaires dans la tradition orthodoxe des Balkans. D’une part, il était le souverain temporel du Monténégro, un petit État montagneux des Balkans, chargé de diriger son peuple et de défendre son territoire. D’autre part, il occupait le rôle spirituel d’évêque, c’est-à-dire de chef religieux de l’Église orthodoxe locale. Cette dualité, typique des principautés orthodoxes des Balkans à l’époque, lui conférait une autorité à la fois politique et religieuse, lui permettant de mobiliser les populations autour de projets communs. En tant qu’évêque, il portait le titre de vladika, un terme slave désignant un évêque-chef d’État. Cette position lui donnait un pouvoir absolu sur les affaires civiles et religieuses de son territoire.

Poète national serbe

Pierre II Petrović-Njegoš est considéré comme le plus grand poète de la littérature serbe, bien que ses œuvres aient été écrites en serbo-croate, une langue slave du sud. Son œuvre la plus célèbre, Le Couronne de la montagne (Gorski vijenac), publiée en 1847, est un poème épique de plus de 2 800 vers qui célèbre la résistance des Monténégrins face aux Ottomans. Ce texte, mêlant lyrisme et réflexion philosophique, est devenu un symbole de l’identité nationale serbe et monténégrine. Il y aborde des thèmes universels comme la liberté, la foi et la lutte contre l’oppression, tout en s’inspirant de la tradition orale des gusle, un instrument à cordes utilisé pour réciter des épopées. Son style, à la fois puissant et poétique, a influencé des générations d’écrivains et de penseurs dans les Balkans.

Amateur de culture française

Malgré le fait qu’il n’ait jamais voyagé en France, Pierre II Petrović-Njegoš nourrissait une profonde admiration pour la culture française, qu’il considérait comme un modèle de modernité et de progrès. Il s’est particulièrement intéressé à la langue française, qu’il a étudiée et promue auprès de son entourage, et aux idées des Lumières, notamment celles issues de la Révolution française. Bien qu’il n’ait pas pu se rendre en France en raison des contraintes géopolitiques de l’époque, il a exprimé publiquement sa sympathie pour les principes de liberté, d’égalité et de souveraineté populaire, inspirés par la Révolution de 1789. Cette ouverture d’esprit contrastait avec le conservatisme des autres cours européennes de l’époque. Il a également encouragé les échanges intellectuels entre le Monténégro et l’Europe occidentale, notamment via des traductions d’œuvres françaises.

Contexte géopolitique tendu

Le règne de Pierre II Petrović-Njegoš (1830–1851) s’est déroulé dans un contexte géopolitique particulièrement complexe pour le Monténégro. À cette époque, les Balkans étaient un champ de bataille entre deux empires rivaux : l’Empire autrichien, qui cherchait à étendre son influence vers le sud, et l’Empire ottoman, en déclin mais toujours puissant, qui contrôlait une grande partie de la région. Le Monténégro, petit État montagneux et isolé, était constamment menacé par les incursions ottomanes, qui cherchaient à étendre leur domination. Pierre II a dû naviguer entre ces deux puissances pour préserver l’autonomie de son pays, tout en résistant aux pressions extérieures. Son règne a été marqué par des conflits armés, des alliances fragiles et une diplomatie habile pour maintenir l’indépendance monténégrine.

Héritage et postérité

Pierre II Petrović-Njegoš est mort en 1851 à l’âge de 38 ans, laissant derrière lui un héritage politique, religieux et littéraire qui dépasse les frontières du Monténégro. Sur le plan politique, il a posé les bases d’un État monténégrin plus structuré et résistant aux influences étrangères. Sur le plan religieux, il a renforcé l’autorité de l’Église orthodoxe locale et consolidé son rôle dans la société. Enfin, sur le plan littéraire, son œuvre Le Couronne de la montagne reste un pilier de la culture serbe et monténégrine, étudiée et célébrée encore aujourd’hui. Des auteurs comme saint Nicolas Vélimirovitch, un théologien et écrivain orthodoxe serbe, ont consacré des ouvrages à son œuvre et à sa pensée, soulignant son importance dans l’histoire culturelle des Balkans.

Ce que ça pourrait changer

En 2026, l’universitaire et traducteur Lioubomir Mihailovitch a publié une nouvelle biographie de Pierre II Petrović-Njegos aux éditions Salvator, intitulée *Pierre II Petrović-Njegoš. Prince évêque et poète*. Cet ouvrage, qui s’appuie sur des sources historiques et littéraires, vise à offrir une vision actualisée et accessible de la vie et de l’œuvre de cette figure majeure des Balkans. Le livre met en lumière son rôle de prince-évêque, son engagement politique et sa contribution à la littérature serbe, tout en replaçant son parcours dans le contexte géopolitique mouvementé de l’époque. Cette publication s’inscrit dans un regain d’intérêt pour les figures historiques des Balkans, souvent méconnues en Europe occidentale, et contribue à une meilleure compréhension de leur héritage culturel et spirituel.

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