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Culture

Présidentielle : les journalistes font-ils de bons candidats ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 21 j

Natacha Polony veut conquérir l'Elysée. Avant elle, d'autres journalistes se sont lancés, sans succès..

Nouveaux candidats journalistes

Natacha Polony, ancienne directrice de la rédaction du magazine Marianne, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Elle rejoint ainsi François Ruffin, député et ancien journaliste, et Éric Zemmour, ancien éditorialiste, dans une catégorie rare de candidats : les journalistes ou anciens journalistes. Ces trois personnalités partagent une ambition commune : se présenter comme des alternatives aux politiques professionnels, convaincus de mieux comprendre les attentes des Français. Leur objectif est de transformer leur notoriété médiatique en soutien électoral. À six mois du scrutin, une trentaine de candidats sont en lice, mais seuls quelques-uns disposent d’une visibilité comparable à celle de ces journalistes-turned-candidates.

Références historiques

Natacha Polony cite Jean Jaurès et Georges Clemenceau comme ses modèles, deux figures historiques à la fois journalistes et hommes politiques. Ces références illustrent une tradition où le métier de journaliste sert de tremplin vers une carrière politique. Jaurès, fondateur du journal L’Humanité, et Clemenceau, directeur de L’Aurore, ont marqué l’histoire française en combinant analyse et action. Leur parcours montre comment un journaliste peut devenir un acteur clé du débat public, puis de la vie politique. Pour Polony, comme pour ses prédécesseurs, cette double casquette représente une légitimité supplémentaire pour briguer l’Élysée.

Passage du dire au faire

Le passage d’un rôle de journaliste à celui de candidat implique une transformation profonde. Noël Mamère, ancien présentateur du journal télévisé et écologiste, a résumé cette bascule par une phrase de Victor Hugo : « donner à voir pour faire comprendre » devient « il faut agir ». Mamère, qui a été député pendant vingt ans et élu local pendant près de trente ans, incarne cette transition. Pour un journaliste, devenir candidat signifie quitter le terrain de l’analyse pour celui de l’action, un changement qui peut déstabiliser son public habituel. Cette transition exige une capacité à endosser un nouveau rôle, souvent perçu comme une rupture avec son identité première.

Défis de la transition

Devenir candidat implique de gérer une double identité : celle du journaliste, connu pour ses prises de position, et celle du candidat, censé incarner une neutralité relative. Éric Zemmour a illustré cette difficulté lors de l’élection présidentielle de 2022. Sur le plateau de TF1, il a été confronté à des questions sur des déclarations passées, comme « Les femmes sont le but ou le butin de tout homme doué », qu’il avait formulées en tant qu’éditorialiste. Il a alors affirmé : « Je ne suis plus le journaliste, je suis candidat », cherchant à effacer son passé pour se concentrer sur son projet politique. Cette stratégie soulève une question centrale : un candidat peut-il dissocier son passé médiatique de son programme électoral ?

Résultats électoraux

À ce jour, aucun journaliste n’a réussi à devenir président de la République en France. Noël Mamère a obtenu 5,2 % des voix lors de l’élection présidentielle de 2002, le meilleur score jamais réalisé par un candidat écologiste. Éric Zemmour, lui, était crédité de 18 % dans certains sondages en 2022, mais a finalement obtenu 7 % des suffrages. Aux législatives suivantes, il n’a même pas été élu député. Ces résultats montrent que la notoriété médiatique ne se traduit pas automatiquement par un succès électoral. Les journalistes candidats doivent donc convaincre que leur parcours les rend plus légitimes que les politiques professionnels, un défi de taille dans un paysage politique déjà très concurrentiel.

Ce que ça pourrait changer

Derrière ces candidatures se cache une envie irrépressible de passer de l’observation à l’action. François Ruffin, par exemple, a réalisé le documentaire *Merci Patron !* en 2016, qui a connu un grand succès. Ce film, dénonçant les abus des grandes entreprises, lui a permis de se faire connaître du grand public. Son objectif était clair : transformer des spectateurs en électeurs, en capitalisant sur sa notoriété médiatique. De même, Éric Zemmour a publié *Le Suicide français* en 2014, vendu à près de 350 000 exemplaires, un succès qui a renforcé sa crédibilité auprès d’un public conservateur. Pour ces candidats, la politique n’est pas seulement un métier, mais une mission : changer les choses de l’intérieur.

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