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Généraliste

Le déficit d’entretien des infrastructures est-il sous-estimé au Québec?

Le Devoir · mis à jour il y a 9 j

L’explosion des coûts de construction plombe les efforts visant à freiner la dégradation des hôpitaux, écoles et routes..

Déficit d'entretien croissant

Le Québec fait face à un déficit d’entretien des infrastructures (hôpitaux, écoles, routes, etc.), c’est-à-dire un écart entre les besoins réels de réparation et les dépenses effectuées. Selon les données officielles, la proportion d’infrastructures jugées en état satisfaisant est passée de 61 % en 2019 à 54 % aujourd’hui. Le montant nécessaire pour combler ce déficit a explosé, passant de 17,6 milliards de dollars en 2017 à 44,8 milliards en 2026, soit une augmentation de 155 %. Pourtant, ces chiffres pourraient sous-estimer la réalité, car les méthodes d’estimation varient et ne tiennent pas toujours compte des besoins liés au vieillissement de la population ou aux impacts des changements climatiques. Le vérificateur général du Québec avait déjà alerté sur ces lacunes à l’automne 2025.

Investissements en baisse

Malgré une hausse globale des budgets alloués aux infrastructures, la part dédiée à leur entretien (réparations, rénovations) a diminué au profit de la construction de nouvelles infrastructures. Le Plan québécois des infrastructures (PQI) a vu sa portion pour l’entretien passer de 71 % en 2017 à 59 % en 2022, avant de remonter à 71 % en 2026. Cependant, les dépenses réelles montrent une réalité plus préoccupante : entre 2017 et 2025, seulement 64 % des budgets ont été consacrés à l’entretien, avec un minimum de 52 % lors de la première année de certains plans. Parallèlement, les dépenses pour de nouveaux actifs ont augmenté de 126 %, contre 74 % pour l’entretien. Ces choix reflètent une priorité accordée au neuf plutôt qu’à la préservation du existant.

Inflation et pouvoir d'achat

L’inflation a aggravé la situation, notamment dans le secteur de la construction où les coûts ont augmenté de 53 % entre 2017 et 2025, soit deux fois plus que l’inflation générale (27 %). Cette hausse réduit le pouvoir d’achat du gouvernement : l’augmentation réelle des dépenses pour de nouvelles infrastructures n’est que de 48 % (contre 126 % en valeur nominale), et celle pour l’entretien n’est que de 14 % (contre 74 % en valeur nominale). Louis Lévesque, président du Comité des politiques publiques de l’Association des économistes québécois, souligne que ces chiffres révèlent un effort insuffisant pour maintenir les infrastructures existantes, malgré des budgets en apparence en hausse.

Risque de dégradation accélérée

Le gouvernement du Québec prévoit de réduire ses dépenses d’infrastructure pour atteindre un déficit zéro d’ici 2030, conformément à la Loi sur l’équilibre budgétaire. Cependant, cette réduction menace aussi les investissements dans les infrastructures, en vertu d’une autre loi sur la réduction de la dette. Selon Louis Lévesque, même avec une inflation modérée de 3 % par an, les dépenses en infrastructures (entretien et nouveaux actifs) pourraient chuter sous leur niveau de 2018-2019 d’ici quatre ans, une période où l’effort était déjà jugé insuffisant. La vérificatrice générale du Québec, Christine Roy, a confirmé ce risque en septembre 2026, avertissant que le PQI actuel pourrait aggraver le déficit d’entretien et accélérer la dégradation des infrastructures stratégiques.

Ce que ça pourrait changer

Pour atténuer la crise, Louis Lévesque propose plusieurs pistes : former davantage de travailleurs du secteur, encourager la concurrence dans les appels d’offres, stabiliser les budgets d’entretien sur le long terme et améliorer la prévisibilité des investissements. Ces mesures permettraient aux entreprises d’investir dans leur productivité et de réduire les coûts de construction et d’entretien. L’économiste insiste aussi sur l’importance de considérer les infrastructures comme un héritage à transmettre aux générations futures, au même titre que le déficit budgétaire. Il rappelle que chaque dollar dépensé en nouvelles infrastructures ou en baisses d’impôts réduit la capacité d’emprunt disponible pour entretenir le parc existant.

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