Le déficit d’entretien des infrastructures est-il sous-estimé au Québec?
Le Québec fait face à un déficit d’entretien de ses infrastructures publiques qui s’aggrave malgré des budgets en apparence croissants. Derrière l’augmentation des dépenses se cache une réalité plus préoccupante : l’inflation des coûts de construction érode le pouvoir d’achat des investissements, tandis que la priorité donnée au neuf au détriment de l’entretien accélère la dégradation des actifs. Ce déséquilibre interroge la soutenabilité à long terme des finances publiques et la qualité des services rendus aux citoyens.
Comment le déficit d’entretien des infrastructures au Québec est-il mesuré et quelle est son ampleur actuelle ?
Selon les données officielles, la proportion des infrastructures jugées en état satisfaisant est passée de 61 % à 54 % depuis 2019. Le déficit de maintien d’actifs, estimé à 44,8 milliards de dollars en 2026, représente une hausse de 155 % par rapport à 2017 (17,6 milliards). Cependant, ces chiffres reposent sur des méthodes d’estimation variables et critiquées pour leur manque de précision, notamment par le vérificateur général du Québec.
Pourquoi les budgets alloués à l’entretien des infrastructures ne suffisent-ils pas à enrayer leur dégradation ?
Malgré une augmentation de 83 % du budget du Plan québécois des infrastructures (PQI) depuis 2017, la part dédiée au maintien des actifs a diminué, passant de 71 % à 59 % entre 2017 et 2022. Les dépenses réelles en entretien ont même chuté à 52 % lors de la première année de certains plans, en raison de la priorité accordée à la construction de nouvelles infrastructures. De plus, l’inflation des coûts de construction (+53 % entre 2017 et 2025) réduit encore le pouvoir d’achat des investissements, rendant l’effort réel en entretien bien inférieur aux apparences.
Quels acteurs ou institutions alertent sur les risques liés à ce déficit et quels scénarios envisagent-ils ?
Le vérificateur général du Québec, Christine Roy, a récemment mis en garde contre un risque d’aggravation du déficit de maintien des actifs avec le PQI actuel, soulignant que ce plan pourrait accélérer la dégradation des infrastructures stratégiques. L’économiste Louis Lévesque, président du Comité des politiques publiques de l’Association des économistes québécois, confirme cette analyse et anticipe une baisse des investissements en dollars constants sous leur niveau de 2018-2019 d’ici moins de quatre ans, même avec une inflation modérée des coûts de construction.
Ce que ça pourrait changer
Si la tendance actuelle se poursuit, la dégradation accélérée des infrastructures publiques pourrait entraîner une détérioration des services essentiels (santé, éducation, transports) et une augmentation des coûts futurs de réparation. Les générations futures hériteront d’un patrimoine public moins fonctionnel, tandis que la marge de manœuvre budgétaire se réduira pour financer d’autres priorités. La question dépasse le simple déficit budgétaire : elle engage la responsabilité intergénérationnelle et la capacité de l’État à concilier rigueur financière et investissement durable.

