Une première depuis la crise des subprimes : les taux à 10 ans français et américains explosent, que se passe-t-il ?
Face à des dettes publiques abyssales et une inflation tenace, les taux d'intérêt à 10 ans français et américains viennent de franchir des seuils oubliés depuis la crise des subprimes. Un virement brutal qui menace d'alourdir encore plus la facture pour les deux États..
Le taux à 10 ans désigne le rendement des obligations d’État émises pour une durée de 10 ans. En pratique, c’est le taux d’intérêt que la France ou les États-Unis versent aux investisseurs pour emprunter de l’argent sur les marchés financiers et financer leurs dépenses publiques, comme les salaires des fonctionnaires ou les infrastructures. Ce taux sert de référence pour l’ensemble du système financier : lorsque les banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine (Fed) ou la Banque centrale européenne (BCE), fixent leurs propres taux directeurs, les taux souverains à 10 ans s’ajustent en conséquence. Par exemple, en France, ce taux vient de bondir à 4,51 %, un niveau inédit depuis la crise financière de 2008. Aux États-Unis, il a même franchi 5 %, un seuil qui n’avait plus été atteint depuis cette période. Une hausse de ces taux signifie que l’État doit payer plus cher pour emprunter, ce qui alourdit mécaniquement la dette publique et peut se répercuter sur le coût des crédits pour les ménages et les entreprises.
La crise des subprimes est un effondrement financier majeur survenu aux États-Unis en 2007-2008. Elle a été déclenchée par la distribution massive de crédits immobiliers rechargeables (appelés subprimes) à des ménages peu solvables, c’est-à-dire incapables de rembourser leurs emprunts à long terme. Lorsque la Fed a relevé ses taux pour lutter contre l’inflation, ces emprunteurs ont été incapables de faire face à leurs mensualités. Les banques, qui avaient transformé ces créances en produits financiers complexes et les avaient revendues dans le monde entier, ont subi des pertes colossales. La faillite de la banque Lehman Brothers en septembre 2008 a transformé cette crise immobilière en une crise bancaire mondiale, gelant les prêts et poussant les taux souverains à des niveaux extrêmes. Cette crise a marqué un tournant dans l’histoire économique récente, en raison de son ampleur et de ses répercussions mondiales.
La persistance de l’inflation est l’un des principaux facteurs expliquant la hausse actuelle des taux à 10 ans. L’inflation correspond à la hausse généralisée des prix des biens et services sur une période donnée. En 2023-2024, cette inflation est notamment alimentée par la hausse des cours de l’énergie (pétrole, gaz) et des matières premières (métaux, produits agricoles), en partie à cause de tensions géopolitiques comme la guerre en Ukraine. Pour lutter contre cette inflation, les banques centrales comme la Fed ou la BCE maintiennent leurs taux directeurs à des niveaux élevés. Ces taux directeurs influencent directement le coût des emprunts pour les États, les entreprises et les ménages. En maintenant des taux élevés plus longtemps que prévu, les banques centrales espèrent freiner la demande et ainsi faire baisser les prix. Cependant, cette stratégie a pour conséquence d’augmenter le coût de la dette publique et de réduire les marges de manœuvre budgétaires des États.
Pour financer leurs déficits publics (la différence entre leurs dépenses et leurs recettes), la France et les États-Unis émettent chaque année des volumes massifs d’obligations d’État. Un déficit public signifie que l’État dépense plus qu’il ne perçoit en impôts et recettes. En 2023, la dette publique française s’élevait à plus de 110 % du PIB (Produit Intérieur Brut), un niveau très élevé. Lorsque les États émettent trop d’obligations, le marché se retrouve saturé de titres de dette. Pour attirer les investisseurs, qui deviennent de plus en plus méfiants en raison du risque de défaut ou de la hausse des taux, les États doivent proposer des rendements plus attractifs. Cela se traduit par une hausse des taux à 10 ans. Par exemple, une augmentation de 0,1 % du taux à 10 ans peut coûter des milliards d’euros supplémentaires par an à la France pour rembourser sa dette. Cette charge réduit d’autant les budgets disponibles pour d’autres dépenses, comme l’éducation ou la santé, et limite la capacité des États à investir dans l’économie.
La hausse des taux à 10 ans a des répercussions directes sur le quotidien des ménages, notamment via le coût des crédits. En effet, les banques ajustent leurs propres taux en fonction des taux souverains. Par exemple, un taux à 10 ans élevé entraîne une hausse des *taux d’intérêt* des *prêts immobiliers* et des *crédits professionnels*. En France, où les taux immobiliers étaient encore à **3,5 %** en moyenne début **2023**, ils pourraient dépasser **5 %** si la tendance se poursuit. Cela signifie que les mensualités des emprunteurs augmentent, réduisant leur pouvoir d’achat et leur capacité à consommer. De plus, les États, confrontés à une dette plus coûteuse, pourraient être tentés de réduire certaines dépenses sociales ou d’augmenter les impôts, ce qui pèserait encore davantage sur les ménages. Cette situation touche également d’autres pays comme le Royaume-Uni, le Japon ou l’Allemagne, où les taux à 10 ans ont également augmenté.

