Quels oiseaux pourrait-on voir figurer sur les billets d’euros ?
Certains des différents graphismes proposés pour les prochaines coupures de billets d’euros. BCE L’ESSENTIEL Les Européens sont invités à voter en ligne pour choisir la nouvelle illustration graphique des prochains billets d’euros.
La Banque centrale européenne (BCE) prépare le renouvellement des billets en euros, une opération habituelle pour lutter contre la contrefaçon. Depuis 2002, seulement deux séries de billets ont été émises. Pour cette troisième série, la BCE propose deux thèmes principaux pour les illustrations : culture européenne et fleuves et oiseaux. Ce choix reflète une opposition classique en Occident entre nature et culture, un concept étudié par des anthropologues comme Philippe Descola. Un concours a été lancé auprès de 1 241 graphistes européens, aboutissant à dix propositions finalistes, dont cinq mettant en scène des oiseaux. Les Européens sont invités à voter en ligne jusqu’au 21 septembre 2025 pour choisir leur préféré.
Les espèces d’oiseaux proposées devaient respecter plusieurs critères définis par la BCE. Elles devaient illustrer la diversité des écosystèmes fluviaux, de la source à l’océan, être migratrices, largement réparties en Europe, bénéficier des mesures de protection de l’UE et ne pas être perçues négativement dans les pays de la zone euro. Les espèces sélectionnées incluent le tichodrome échelette, le martin-pêcheur, le guêpier d’Europe, la cigogne blanche, l’avocette élégante et le fou de Bassan. Ces choix visent à représenter un patrimoine naturel commun, tout en intégrant des éléments de sécurité pour les billets.
Parmi les six espèces proposées, certaines correspondent bien aux écosystèmes fluviaux. Le martin-pêcheur, le guêpier d’Europe et la cigogne blanche nichent près des rivières ou des cours d’eau. L’avocette élégante, un échassier côtier, se reproduit dans les deltas et les marais. En revanche, le fou de Bassan, un oiseau marin, et le tichodrome échelette, adapté aux falaises de montagne, ne dépendent pas directement des fleuves. Cette diversité reflète les efforts pour couvrir différents milieux naturels européens, mais elle soulève des questions sur la cohérence écologique des choix.
Les espèces sélectionnées ont été choisies pour leur attractivité visuelle. Le martin-pêcheur et le guêpier d’Europe sont parmi les oiseaux les plus colorés d’Europe, avec des plumages vifs. La cigogne blanche, l’avocette élégante et le fou de Bassan présentent des plumages contrastés en noir et blanc, adaptés à une impression en monochromie. Le tichodrome échelette, avec ses plages rouges et ses taches blanches, est également élégant. Cependant, certaines espèces comme le tichodrome sont peu connues du grand public, ce qui pourrait limiter leur impact visuel sur les billets.
Le critère de migration n’est pas entièrement respecté. Le guêpier d’Europe et la cigogne blanche sont des migrateurs, mais cette dernière passe désormais l’hiver en Europe de l’Ouest pour une partie de la population. Le fou de Bassan est un grand migrateur, mais il vit principalement en mer. Le martin-pêcheur et l’avocette élégante sont majoritairement sédentaires ou effectuent des déplacements limités. Le tichodrome échelette est peu mobile, restant généralement dans les montagnes. Enfin, la répartition géographique des espèces est inégale : certaines, comme le tichodrome, sont absentes des régions nordiques de l’UE.
Les politiques de protection de l’UE ont probablement bénéficié au martin-pêcheur, à la cigogne blanche, à l’avocette élégante et au guêpier d’Europe, notamment grâce aux directives Oiseaux (1979), Habitats-Faune-Flore (1992) et à la directive-cadre sur l’eau (2000). Le fou de Bassan a pu profiter des mesures de régulation de la pêche. En revanche, le tichodrome échelette n’a pas directement bénéficié de ces politiques. Ces choix reflètent une volonté de mettre en avant des espèces protégées, mais certains oiseaux emblématiques des fleuves, comme les canards ou les hérons, ont été écartés.
D’autres espèces auraient pu être choisies pour mieux représenter la diversité des écosystèmes fluviaux. Par exemple, le cincle plongeur, adapté aux torrents de montagne, ou la bergeronnette des ruisseaux, plus familière, auraient été des alternatives pertinentes au tichodrome. Le balbuzard pêcheur ou le pygargue à queue blanche, grands rapaces emblématiques, auraient également pu figurer sur les billets. Ces choix auraient permis de mieux couvrir les régions nordiques et de mettre en avant des oiseaux plus visibles dans la vie quotidienne.
La BCE souligne que les oiseaux sélectionnés rappellent l’espace Schengen, un espace sans frontières en Europe, et s’inscrivent dans une démarche de protection de l’environnement. L’UE a adopté des textes ambitieux comme la directive Oiseaux (1979) ou la loi sur la restauration de la nature (2024). Cependant, les critiques pointent le décalage entre ces engagements et le financement de projets destructeurs pour les écosystèmes par certaines banques. La consultation citoyenne sur les billets est perçue comme une initiative positive, mais son impact réel sur la protection de la nature reste à démontrer.

