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Géopolitique

Le butinage professionnel, employés et entreprises y trouvent leur compte

Courrier International · mis à jour il y a 9 j

De nouvelles recherchent le montrent : les travailleurs qui changent régulièrement d’emploi en Amérique du Nord améliorent leur situation financière et font preuve d’adaptabilité, ce qui pourrait redorer le blason de cette pratique auprès des employeurs..

Le butinage professionnel défini

Le butinage professionnel (ou job hopping en anglais) désigne la pratique qui consiste à changer régulièrement d’emploi, souvent après une période courte, généralement moins d’un an. Cette tendance est particulièrement marquée en Amérique du Nord, où elle est perçue comme une stratégie pour améliorer sa situation professionnelle. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle cette pratique serait instable ou peu fiable, des études récentes montrent qu’elle peut être bénéfique tant pour les employés que pour les employeurs. Par exemple, une personne comme Tarryn Lambert, 37 ans, a quitté trois postes à temps plein en moins d’un an au début de sa carrière, ce qui lui a permis de développer une grande adaptabilité et une capacité à s’intégrer rapidement dans de nouvelles entreprises.

Avantages financiers prouvés

Une étude de l’entreprise américaine Automatic Data Processing (ADP), relayée par le Financial Post, révèle que les salaires des travailleurs qui changent d’emploi augmentent plus rapidement que ceux des employés restés dans la même entreprise. Au Canada, le salaire médian des travailleurs ayant changé d’emploi au cours de l’année écoulée a progressé de 5,6 %, contre seulement 3 % pour ceux restés en poste. Aux États-Unis, l’avantage salarial lié au changement d’emploi est moins marqué, avec une hausse de 2,2 % contre 5,2 % au Canada. Nathan Janzen, économiste en chef adjoint de la Banque royale du Canada, explique que ces hausses de salaire plus importantes pour les job hoppers sont courantes et s’observent dans plusieurs pays. Cette tendance s’explique notamment par le fait que les employeurs proposent souvent des augmentations plus attractives pour attirer de nouveaux talents ou retenir des employés en période de pénurie de main-d’œuvre.

Adaptabilité : un atout caché

Une étude menée auprès de 8 700 gestionnaires de fonds spéculatifs, publiée par The Wall Street Journal, met en lumière un avantage souvent sous-estimé des job hoppers : leur grande capacité d’adaptation. Les chercheurs des universités Cornell et Rutgers ont observé que ces travailleurs deviennent opérationnels en seulement deux mois, contre cinq mois pour les autres nouvelles recrues. De plus, leur productivité baisse moins lors de leur intégration dans une nouvelle entreprise. Scott Bentley, l’un des chercheurs, souligne que cette adaptabilité est un talent caché que les employeurs négligent en raison de préjugés à l’encontre des personnes changeant fréquemment d’emploi. Cette compétence est particulièrement valorisée dans des secteurs en mutation rapide ou lors de crises économiques.

Motivations des jeunes générations

La génération Z (ou zoomers), née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, est celle qui pratique le plus le butinage professionnel. Selon une enquête de Randstad Canada auprès de 3 500 Canadiens, 42 % des travailleurs de cette génération envisagent de changer d’emploi, un chiffre qualifié de ‘record’ par le quotidien The Toronto Star. Leurs motivations sont multiples : recherche de salaires plus élevés, meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, ou encore des possibilités d’évolution de carrière. Ben James, 26 ans, ancien joueur de rugby professionnel et comptable, illustre cette tendance. Il a changé plusieurs fois de métier avant de devenir recruteur et vendeur, et reconnaît que l’argent est un facteur clé dans cette dynamique. Cette quête de flexibilité et de sens au travail reflète une remise en question des modèles traditionnels d’emploi à vie.

Ce que ça pourrait changer

Longtemps stigmatisés, les *job hoppers* commencent à être mieux perçus par les employeurs, notamment grâce à des études comme celles citées précédemment. Les recruteurs et patrons, qui les considéraient souvent comme peu fiables ou susceptibles de partir rapidement, pourraient désormais reconnaître leur valeur. Les entreprises commencent à voir dans cette pratique une opportunité de recruter des profils dotés d’expériences variées et d’une capacité à s’adapter rapidement. Cette évolution de perception est encouragée par des données chiffrées montrant que ces travailleurs deviennent rapidement productifs et contribuent à l’innovation au sein des organisations. Cependant, cette tendance reste plus marquée dans certains pays, comme le Canada, où les hausses de salaire liées au changement d’emploi sont plus importantes qu’aux États-Unis.

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