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Géopolitique

“Il s’est moqué de nous” : vingt ans après, retour dans le village du film “Borat”

Courrier International · mis à jour il y a 12 j

En 2006, la bourgade de Glod, en Roumanie, a servi de décor au documentaire parodique sur le Kazakhstan réalisé par Sacha Baron Cohen et couronné d’un Golden Globe. Deux décennies plus tard, cette petite communauté de Roms n’a pas oublié les méthodes douteuses de la production et les trahisons successives.

Contexte du film Borat

En 2006, le film Borat : Leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan est tourné dans le village roumain de Glod. Ce documentaire parodique, réalisé par Sacha Baron Cohen, met en scène un journaliste kazakh fictif se moquant des stéréotypes occidentaux. Le film remporte un Golden Globe et devient un phénomène culturel mondial. Glod, un petit village situé dans le sud des Carpates à deux heures de Bucarest, est choisi comme décor en raison de son isolement et de ses habitants, principalement des Roms, une minorité souvent marginalisée en Roumanie. Le titre du film est une référence ironique à la culture kazakhe, tandis que les scènes tournées à Glod montrent des habitants jouant des personnages exagérément naïfs ou ignorants, dans un style comique proche du canular.

Village de Glod aujourd'hui

Vingt ans après le tournage, Glod est toujours un village isolé où vivent principalement des familles roms. Le nom Glod signifie boue en roumain, reflétant le cadre rural et modeste du lieu. Historiquement, les Roms de cette région étaient des nomades avant de s'installer définitivement au début du XXe siècle. Leur histoire est marquée par des périodes de servitude sous la noblesse locale, puis par une sédentarisation forcée. Aujourd'hui, le village reste pauvre, avec des infrastructures limitées et une économie basée sur l'agriculture de subsistance ou des petits travaux. Les habitants évoquent un sentiment de trahison, estimant avoir été exploités par l'équipe du film pour divertir un public international sans en tirer de bénéfice.

Méthodes de tournage controversées

L'équipe de Borat a utilisé des méthodes trompeuses pour obtenir des scènes authentiques. Les habitants de Glod ont été recrutés sans être pleinement informés du projet, certains croyant participer à un documentaire sérieux sur leur mode de vie. D'autres ont été payés en alcool ou en petits montants, tandis que des scènes ont été montées de manière à accentuer leur image de personnages caricaturaux. Par exemple, des enfants ont été filmés en train de danser de façon exagérée, et des adultes ont été incités à tenir des propos stéréotypés sur les États-Unis. Ces pratiques ont laissé un goût amer dans la communauté, où beaucoup estiment avoir été ridiculisés sans contrepartie équitable.

Récits des habitants

Andrei, un jeune garçon lors du tournage, et Neamu, son grand-père, racontent leur expérience avec amertume. Andrei évoque un rêve récurrent où il conduit une voiture à toute vitesse avant de s'écraser, symbolisant peut-être le sentiment de perte de contrôle ressenti pendant le tournage. Neamu, quant à lui, se souvient de rêves où il gagnait de l'argent sans effort, une ironie cruelle pour un homme dont la réalité est faite de privations. Les deux hommes décrivent un village où la vie quotidienne est rythmée par les cris du bétail et les travaux agricoles, loin des projecteurs du cinéma. Leurs témoignages illustrent une mémoire collective marquée par la frustration et l'incompréhension face à ce qu'ils perçoivent comme une moquerie.

Impact culturel et médiatique

Le film Borat a eu un retentissement mondial, mais son impact sur Glod a été négatif. Les habitants ont été associés à une image stéréotypée et humiliante, diffusée à des millions de spectateurs. Bien que le film ait été présenté comme une comédie, les Roms de Glod n'ont pas perçu l'humour de la situation. Leur colère est d'autant plus vive que le tournage a eu lieu dans un contexte de pauvreté, où les promesses de compensation financière ou de visibilité positive n'ont pas été tenues. Aujourd'hui, le village reste un symbole des dérives possibles du journalisme et du cinéma lorsqu'ils exploitent des communautés vulnérables sans égard pour leur dignité.

Ce que ça pourrait changer

Vingt ans après, les habitants de Glod n'ont pas oublié l'épisode. Leur ressentiment est nourri par l'absence de reconnaissance ou de compensation de la part de la production du film. Certains évoquent une forme de mépris de la part de l'équipe, qui aurait traité leur mode de vie comme une attraction exotique. Cette expérience a renforcé un sentiment d'injustice parmi les Roms de la région, déjà confrontés à des discriminations systémiques en Roumanie. Leur récit met en lumière les tensions entre la création artistique et le respect des personnes, surtout lorsque celles-ci appartiennent à des minorités marginalisées. Le village de Glod incarne ainsi une forme de résistance culturelle face à l'exploitation médiatique.

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