Québec et Ottawa s’unissent pour combattre le crime organisé en territoire autochtone
Des équipes mixtes travailleront avec les corps de police autochtones..
Les gouvernements du Québec et du Canada ont annoncé un investissement conjoint de 2 millions d’euros pour financer la création d’équipes mixtes d’enquête visant à lutter contre le crime organisé dans les communautés autochtones. Cette initiative a été dévoilée lors d’une conférence de presse tenue au terminal de croisières de Québec, en présence de plusieurs acteurs clés : Ian Lafrenière, ministre québécois de la Sécurité intérieure et responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Gary Anandasangaree, ministre fédéral de la Sécurité publique, ainsi que des représentants des corps policiers et du chef de la communauté de Wendake, Pierre Picard. L’objectif principal de cette collaboration est de renforcer les liens entre la Sûreté du Québec (SQ), les services de police autochtones et les autres forces de l’ordre, afin de mieux cibler les dirigeants des réseaux criminels.
Pour concrétiser cette alliance, jusqu’à huit policiers autochtones seront intégrés aux équipes d’enquête et de renseignement de la Sûreté du Québec (SQ), une force de police provinciale. En parallèle, un policier de la SQ sera affecté au service de police de la communauté mohawk d’Akwesasne, située à cheval sur les frontières du Québec, de l’Ontario et de l’État de New York. Ces équipes pourront également compter sur la participation de membres de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), la police fédérale canadienne. Cette structure permettra une meilleure coordination entre les différents acteurs, car le crime organisé, comme le trafic d’armes à feu, de stupéfiants, l’extorsion ou le blanchiment d’argent, ne se limite pas aux frontières administratives.
Les régions prioritaires de cette opération incluent l’Abitibi, la Côte-Nord, la Gaspésie, le Saguenay, la ville de Québec et la Rive-Sud de Montréal. Ces zones ont été identifiées en raison de leur vulnérabilité face au crime organisé. Par exemple, le territoire d’Akwesasne est depuis longtemps considéré comme une plaque tournante du trafic illégal, en raison de sa position transfrontalière. Cette situation complexe rend la lutte contre ces réseaux encore plus difficile, d’où l’importance d’une approche coordonnée entre les différentes forces de police.
La création de ces escouades mixtes répond à une demande récurrente des communautés autochtones, où la présence du crime organisé s’intensifie. Un exemple marquant est la série d’incendies criminels survenus à Uashat mak Mani-utenam cet hiver, une communauté innue située près de Sept-Îles. Ces événements ont mis en lumière l’urgence d’agir. En novembre 2025, Ian Lafrenière, le ministre québécois, s’est rendu sur place pour discuter avec les chefs de la Nation innue et les directeurs de police autochtones. À l’issue de cette rencontre, il s’est engagé à solliciter une implication accrue du gouvernement fédéral et à approfondir la collaboration entre les forces de police autochtones et allochtones.
Cette initiative n’est pas une première au Québec. Entre 2004 et 2016, une *unité mixte d’enquête contre le crime organisé autochtone* avait déjà été mise en place. Composée de policiers de la GRC, de la SQ et des services de police autochtones, cette unité avait permis l’arrestation d’une centaine de personnes pour des infractions liées au trafic de drogues, au blanchiment d’argent et à d’autres activités criminelles organisées. Les résultats obtenus à l’époque ont démontré l’efficacité d’une telle collaboration, justifiant ainsi le renouvellement de cette approche avec des moyens renforcés.

