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Géopolitique

Le monde est-il vraiment redevenu impérial ?

Le Grand Continent · mis à jour il y a 12 j

Deux siècles d’histoire mondiale pour comprendre le retour du désir et du déni d’empire. L’article Le monde est-il vraiment redevenu impérial ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Retour des impérialismes

L’article souligne que l’impérialisme, souvent perçu comme un phénomène historique révolu, connaît un regain d’actualité depuis les années 2020. Ce retour est notamment marqué par des politiques de puissance agressives de la Russie, de la Chine et des États-Unis. Les auteurs Nicolas Beaupré et Florian Louis, coordinateurs d’un ouvrage collectif de 1400 pages, estiment que cette perception dépend largement de la position géographique de l’observateur. Pour les Européens, habitués depuis des siècles à dominer d’autres régions, ce réveil impérialiste est vécu comme une menace directe, notamment face à l’expansion russe en Ukraine ou à l’influence chinoise en Asie. En revanche, pour les pays du Sud global, qui ont subi des siècles de domination occidentale, cette dynamique n’est pas un retour, mais une extension des victimes de l’impérialisme, perçue parfois comme une forme de justice historique.

Définition de l'impérialisme

L’impérialisme est un concept complexe, historiquement chargé de connotations négatives, car il a souvent été utilisé comme un outil de propagande pour diaboliser un adversaire. Florian Louis, co-auteur de l’ouvrage, explique que les historiens ont tenté de le définir objectivement. Selon Jane Burbank et Frederick Cooper, l’impérialisme peut être vu comme une politique de la différence, visant à faire coexister des populations hétérogènes au sein d’un même État souverain. Pour l’époque contemporaine, les auteurs proposent cinq critères pour le caractériser : l’expansionnisme, l’immensité du territoire, la multiethnicité, l’asymétrie de pouvoir et l’usage de la coercition. Un empire est donc une entité politique composite, souvent née d’une expansion, où une population dominante impose sa prééminence à d’autres groupes distincts. Cette définition permet de couvrir des exemples variés, comme les empires russe, chinois ou états-unien, tout en évitant un eurocentrisme excessif.

Occident et autres impérialismes

Bien que l’Occident, et plus particulièrement l’Europe, ait été le foyer des impérialismes les plus puissants et les plus nombreux à l’époque contemporaine, l’article rappelle que l’impérialisme n’est pas une exclusivité occidentale. Florian Louis souligne que de nombreux acteurs historiques ont été à la fois victimes et praticiens de l’impérialisme. Par exemple, la Chine et l’Empire ottoman ont subi les pressions impérialistes occidentales tout en exerçant leur propre domination sur leurs voisins. L’ouvrage aborde également des cas moins connus, comme l’Empire comanche ou l’Empire wassoulou de Samori Touré, pour montrer que des formes d’impérialisme existaient en dehors de l’Europe. Cependant, l’usage du terme impérialisme pour décrire ces réalités non occidentales reste sujet à débat, car il est d’origine européenne et peut risquer de minimiser leur spécificité culturelle et politique.

Impérialisme formel et informel

L’article distingue deux formes d’impérialisme : le formel, basé sur la conquête militaire et l’administration directe, et l’informel, plus subtil, qui repose sur des mécanismes économiques, culturels ou diplomatiques. Florian Louis cite l’exemple de l’impérialisme de velours de la France au XIXe siècle, où la domination s’exerçait sans annexion territoriale, mais par le biais d’influence économique et culturelle. Même dans ce cas, l’impérialisme informel suppose une relation déséquilibrée, où un acteur impose sa volonté à un autre sans recourir à la force brute. La Chine du XIXe siècle illustre cette dynamique, où des traités inégaux et une domination commerciale ont permis à des puissances étrangères d’étendre leur emprise. Cette distinction est importante pour comprendre les mécanismes contemporains de domination, comme ceux exercés par la Chine en Afrique ou par les États-Unis en Amérique latine.

Évolution historique des empires

L’ouvrage dirigé par Nicolas Beaupré et Florian Louis couvre une période de près de deux siècles et demi, permettant d’analyser les transformations des empires dans le temps. Les auteurs soulignent que les empires ne disparaissent pas brutalement, mais évoluent, se fragmentent ou s’adaptent. Par exemple, la chute de l’URSS en 1991 n’a pas mis fin à l’impérialisme, mais a changé sa forme. Certains empires, comme l’Empire britannique, se sont rétractés, tandis que d’autres, comme la Chine ou la Russie, ont vu leur influence s’étendre. Cette perspective historique montre que l’impérialisme n’est pas un phénomène linéaire, mais un processus dynamique, marqué par des phases d’expansion, de déclin et de reconversion. Les auteurs insistent sur le fait que la fin des empires coloniaux européens après 1945 n’a pas marqué la fin de l’impérialisme, mais plutôt sa mutation.

Ce que ça pourrait changer

L’impérialisme a profondément marqué les sociétés, tant celles qui l’ont subi que celles qui l’ont pratiqué. L’ouvrage explore ces héritages à travers plusieurs domaines, comme le droit, l’éducation, les arts visuels ou l’environnement. Par exemple, la collecte d’objets culturels lors des conquêtes impériales a conduit à la création de musées et à des débats contemporains sur les restitutions. Nicolas Beaupré et Nadia Vargaftig analysent comment le patrimoine, souvent acquis de manière coercitive, reste un sujet de tensions aujourd’hui. Ces héritages montrent que l’impérialisme n’est pas seulement une question géopolitique, mais aussi une réalité sociale et culturelle qui continue d’influencer les relations internationales et les identités collectives. Les débats actuels sur la décolonisation des savoirs ou la restitution d’œuvres d’art en sont des manifestations tangibles.

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