EN DIRECT | Réunion sur la Déclaration de Durban et la lutte contre le racisme
L'Assemblée générale des Nations Unies tient, lundi, une réunion de haut niveau pour commémorer le 25e anniversaire de l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Durban pour lutter contre le racisme. La couverture des discussions en direct est assurée par l'équipe de la Section de la Couverture des réunions des Nations Unies..
En septembre 2026, l’ONU commémore les 25 ans de l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, un texte international adopté en 2001 pour lutter contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance. Selon le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, ce texte reste le cadre mondial le plus complet pour aborder ces enjeux, mais son application concrète reste insuffisante. Guterres souligne que le racisme persiste sous des formes nouvelles, comme les discriminations systémiques dans les lois ou les institutions, et qu’il se manifeste par des inégalités économiques, sociales et politiques. Il cite notamment les personnes d’ascendance africaine, les peuples autochtones, les migrants, les réfugiés et les minorités comme les plus touchés. Le texte de Durban vise à garantir l’égalité des chances et à protéger les droits de ces groupes, mais son efficacité dépend désormais de la volonté des États à le mettre en œuvre.
Le Président de l’Assemblée générale de l’ONU, Khalilur Rahman, a pointé un déficit de responsabilité dans la lutte contre le racisme. Malgré l’existence de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (ratifiée par 182 États), 78 de ces pays sont en retard dans la présentation de leurs rapports, certains depuis des décennies. Rahman a appelé à renforcer les lois, à créer des plans d’action nationaux, à collecter des données désagrégées (c’est-à-dire détaillées par groupe de population) et à garantir des recours aux victimes. Il a également insisté sur la nécessité d’enquêter rapidement sur les actes racistes, de mettre fin à l’impunité et d’interdire le profilage racial (pratique discriminatoire consistant à cibler des individus en fonction de leur origine ethnique ou de leur apparence). Selon lui, ces mesures sont essentielles pour passer de la condamnation des discriminations à des actions concrètes.
Le Secrétaire général de l’ONU et le Président de l’Assemblée générale ont alerté sur l’évolution des formes de racisme, notamment avec l’essor des technologies numériques. António Guterres et Khalilur Rahman ont souligné que l’intelligence artificielle (IA) et les algorithmes peuvent amplifier les discours de haine, diffuser des stéréotypes ou reproduire des biais discriminatoires. Par exemple, des systèmes d’IA mal conçus peuvent exclure certaines populations ou renforcer des inégalités existantes. Les entreprises technologiques sont appelées à corriger ces biais en utilisant des données représentatives, en garantissant la transparence des algorithmes et en instaurant des mécanismes de responsabilité. Rahman a résumé cette urgence par une phrase : « L’innovation doit faire progresser l’égalité, et non automatiser la discrimination ».
Claudia Fuentes Julio, Sous-Secrétaire générale de l’ONU aux droits de l’homme, a mis en avant la notion de justice réparatrice pour lutter contre le racisme systémique. Cette approche ne se limite pas à sanctionner les actes racistes, mais vise aussi à réparer les torts causés par l’histoire, comme la restitution du patrimoine culturel ou la reconnaissance des séquelles du colonialisme et de l’esclavage. Selon elle, un recul est observé dans certains pays, où une personne sur cinq déclare avoir été victime de discrimination. Fuentes Julio a également souligné l’importance de la mémoire et du soutien aux victimes pour briser les cycles de l’injustice. Cette vision s’inscrit dans la Deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2025-2034), une période dédiée à des actions concrètes pour ces populations.
Marley Dias, une jeune militante américaine de 18 ans, a rappelé l’importance d’impliquer les jeunes dans la lutte contre le racisme. Elle a lancé en 2015 la campagne #1000BlackGirlBooks à l’âge de 11 ans, après avoir constaté l’absence de livres mettant en scène des filles noires. Son initiative, qui visait initialement à réunir 1 000 ouvrages, a permis de collecter plus de 15 000 livres. Marley Dias a expliqué que ces livres offrent aux enfants noirs une représentation positive d’eux-mêmes et permettent aux autres enfants de découvrir des réalités différentes. Elle a insisté sur le rôle des familles et des communautés dans la transmission des valeurs d’inclusion, tout en appelant à une participation active des jeunes dans la mise en œuvre des engagements de Durban.
António Guterres a conclu en appelant à une action urgente et concrète pour transformer les engagements de Durban en résultats tangibles. Il a souligné la nécessité de ratifier universellement la *Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale* et de garantir sa pleine application. Le Secrétaire général a également insisté sur l’importance de renforcer les institutions chargées de faire respecter les lois contre la discrimination et d’investir dans des sociétés fondées sur l’inclusion. Pour Guterres, l’unité et l’action collective sont les antidotes aux poisons du racisme. Cette réunion de haut niveau à New York marque un moment clé pour évaluer les progrès réalisés depuis 2001 et définir les priorités pour les années à venir.

