Élections sénatoriales de 2026: vers une vague inédite pour le RN?
Scrutin au suffrage indirect, les élections sénatoriales du 27 septembre 2026 vont permettre le renouvellement de 178 sièges à la Chambre haute. Comment vont voter les grands électeurs? Le Rassemblement National pourrait-il obtenir pour la première fois de son histoire un groupe?.
Les élections sénatoriales de 2026, prévues le 27 septembre, visent à renouveler 178 sièges sur les 348 que compte le Sénat français. Ces élections, qui se déroulent tous les trois ans pour la moitié des sièges, sont particulières car elles utilisent un suffrage universel indirect. Cela signifie que les électeurs ne sont pas les citoyens ordinaires, mais des grands électeurs : députés, sénateurs, conseillers régionaux, départementaux et surtout maires ou délégués municipaux, qui représentent 95 % de ce collège électoral. En 2023, le Rassemblement National (RN) avait obtenu trois sièges au Sénat, une première sous la Ve République, marquant un tournant politique dans cette chambre traditionnellement dominée par Les Républicains (LR) et les Socialistes.
Le RN, parti d’extrême droite, mise sur une progression significative lors de ces élections, avec l'objectif de former un groupe parlementaire au Sénat. Pour y parvenir, il s'est allié avec l’Union des droites pour la République (UDR), un parti mené par Éric Ciotti, afin de présenter des listes communes dans 64 circonscriptions. Cette alliance s'appuie sur les résultats des élections municipales de mars 2026, où plus de 60 communes ont basculé sous contrôle du RN ou de l'UDR. Ces résultats locaux pourraient se traduire par une augmentation du nombre de grands électeurs favorables à ces partis, renforçant ainsi leur influence lors du scrutin sénatorial.
Les sénatoriales 2026 se déroulent selon deux modes de scrutin distincts. Dans 119 circonscriptions où trois sièges ou plus sont à pourvoir, la représentation proportionnelle s'applique : les sièges sont attribués en fonction du pourcentage des voix obtenues par chaque liste. Pour les 59 autres sièges, le scrutin majoritaire en deux tours est utilisé, avec un vote le matin et un autre l'après-midi. Le RN a déposé 54 listes dans les circonscriptions concernées, ainsi que 5 listes en Outre-mer et pour les Français de l'étranger, une première pour le parti. Des listes dissidentes, comme celles de Reconquête (parti d'Éric Zemmour) ou des candidats UDR indépendants, compliquent le paysage politique dans certaines régions.
Pour le RN, ces élections représentent une opportunité stratégique. Actuellement, ses trois sénateurs siègent en tant que non-inscrits, ce qui limite leur visibilité et leur poids dans les débats parlementaires. L'objectif est d'obtenir au moins sept sièges supplémentaires pour former un groupe de 10 sénateurs, leur permettant d'accéder à des niches parlementaires (commissions, temps de parole, etc.) et de peser davantage dans les institutions. Ludovic Pajot, directeur de campagne du RN, souligne que cette victoire symboliserait une étape vers une plus grande responsabilité nationale. Dans certaines circonscriptions comme la Somme, l'Aisne, les Bouches-du-Rhône ou la Sarthe, des figures du RN ou de l'UDR sont en lice pour tenter de concrétiser cette ambition.
Plusieurs régions se distinguent par leur importance dans la stratégie du RN. Dans les Bouches-du-Rhône, Marie-Pierre Callet, vice-présidente du département, vise deux sièges parmi les huit à pourvoir. En Sarthe, Marie-Caroline Le Pen, sœur de Marine Le Pen, conduit la liste RN pour tenter de remporter l'un des trois sièges en jeu. En Seine-Maritime, six sièges sont à pourvoir, avec une liste menée par Léon Levasseur. Dans les Alpes-Maritimes, Éric Ciotti mise sur une alliance UDR-RN pour tenter de s'imposer face à la concurrence. Ces circonscriptions illustrent la volonté du RN de s'implanter durablement dans des territoires variés, y compris en Outre-mer.
Malgré son ambition, le RN doit faire face à des défis internes et externes. Des divisions persistent, comme dans le *Var*, où trois listes d'extrême droite s'affrontent, dont une menée par Philippe Vitel, ancien député UDR, qui a créé sa propre liste en dernière minute. Dans les *Bouches-du-Rhône*, Stéphane Ravier, sénateur sortant condamné à un an d'inéligibilité en juillet 2026, se présente en appel, ce qui suspend temporairement sa peine. Ces exemples montrent que l'unité de l'extrême droite n'est pas toujours garantie, malgré l'alliance RN-UDR, et que des obstacles juridiques ou stratégiques pourraient freiner ses ambitions.

